Brandon Turbeville : « Les connexions entre les États-Unis et Daesh sont sous nos yeux »

Publié le par Mohsen Abdelmoumen

Brandon Turbeville.DR.

Brandon Turbeville.DR.

Mohsen Abdelmoumen : Ne pensez-vous pas que l’accord sur une trêve en Syrie que les USA ont obtenu de la Russie vise à donner un nouveau souffle aux groupes terroristes pour leur permettre de se réorganiser, mais aussi d’effacer les traces de liens entre les Etats-Unis et Daech ? Certaines informations provenant de diverses sources de renseignement révèlent que des éléments de Daech ont été exfiltrés suite aux bombardements russes, qu’en pensez-vous ?

Brandon Turbeville : Je pense que la raison principale derrière le cessez-le-feu était une tentative des puissances occidentales, particulièrement des États-Unis, pour faire gagner du temps aux terroristes en Syrie, qui sont maintenant en fuite à cause de l’aide russe fournie à l’Armée Arabe Syrienne. Les connexions entre les États-Unis et Daesh sont sous nos yeux – depuis la campagne de bombardement “inefficace”, les liens entre pratiquement tous les autres groupes luttant contre le gouvernement syrien jusqu’à al-Qaïda et Daesh, et les documents de la DIA divulgués qui ont révélé que la création d’une “principauté salafiste” était en fait le désir des États-Unis et de leurs alliés. Donc, éliminer simplement des éléments spécifiques des groupes terroristes n’effacerait pas nécessairement les connexions claires entre les États-Unis et Daesh. Souvenez-vous que Daesh n’est que la suite d’une série de changements de noms opérés par al-Qaïda et al-Nosra, pas une armée mystérieuse qui est apparue au milieu du désert sans avertissement.

Il est vrai que permettre l’éradication des groupes désignés comme ISIS pourrait satisfaire la curiosité de certains, mais cela éliminerait également la justification d’une implication américaine directe en Syrie et il est peu probable que les puissances de l’OTAN veuillent que cela se produise. Souvenez-vous aussi que c’est un schéma que nous avons vu depuis que les militaires syriens ont commencé à lancer une série de contre-offensives réussies il y a quelques années et encore plus depuis la participation russe. J’entends par là que chaque fois que les terroristes – appelez-les comme vous voulez : « ISIS », « Nosra » ou « rebelles modérés » – commencent à gagner du terrain, les puissances occidentales crient pour qu’Assad démissionne. Après, il n’y a pas de négociations. Mais, lorsque l’armée syrienne gagne du terrain, nous entendons des appels incessants pour la « paix » et des « cessez-le-feu ».

Comment expliquez-vous l’engagement en Syrie de l’armée saoudienne qui est en train de massacrer en toute impunité au Yémen au vu et au su de la planète. Ne pensez-vous pas que l’Arabie saoudite envoie un renfort à Daech ?

Bien sûr que l’Arabie Saoudite envoie des renforts à Daech ! L’Arabie saoudite a été l’un des principaux bailleurs de fonds du groupe bien avant qu’il ne soit nommé « ISIS » dans les médias occidentaux. L’Arabie saoudite est connue depuis longtemps comme un soutien financier majeur, un défenseur, et un chef du terrorisme. En ce qui concerne leur engagement en Syrie, à mon avis, qu’il soit directement saoudien ou composé des forces qataries à l’intérieur de la Syrie, ils ne sont rien d’autre que des leurres et des forces de dissuasion intermédiaires pour les Russes et les Syriens. Le monde entier a vu que l’Arabie saoudite et le Qatar sont des tigres de papier lorsqu’il s’agit de force militaire. Aucun des deux pays n’aurait une chance contre n’importe lequel des adversaires sur le théâtre syrien. Mais ils peuvent fonctionner comme États acteurs qui justifieraient une plus grande participation de L’OTAN s’ils étaient bombardés par les Russes ou les Syriens. Les forces du Golfe seraient donc beaucoup plus que de simples renforts pour ISIS et les autres organisations terroristes connexes. Ils seraient des « intouchables » commettant des actes de guerre contre la Syrie, soutenant des terroristes, et défiant les Russes ou les Syriens de les frapper avec, comme répercussions possibles, une réponse militaire américaine ou de l’OTAN.

Vous évoquez 36 raisons pour lesquelles Hillary Clinton ne devrait pas être présidente. N’y en a-t-il que 36 ? Comment expliquez-vous la médiocrité du débat des présidentielles ?

Il y en avait beaucoup plus que 36 mais, à un certain moment, un livre doit avoir une fin si l’on veut le publier avant les élections primaires, ce qui était le but. Hillary Clinton est de loin le candidat présidentiel le plus odieux dans la course. Ses liens avec Wall Street, les fondations, les ONG, les oligarques, et des groupes de réflexion sournois sont trop nombreux pour être cités. Son soutien à chaque guerre depuis qu’elle était première dame, son assaut sur les droits constitutionnels et ses nombreux scandales, devraient la disqualifier d’être légitimement considérée comme une candidate à la présidence.

Je crois que les candidats semblent médiocres parce que chacun d’entre eux représente la continuation du système actuel. Par exemple, pouvez-vous citer celui qui ne soutient pas la guerre sous une forme ou une autre ? Pouvez-vous en citer un qui a un minimum de respect pour les droits constitutionnels ? Vous ne pouvez pas. Même les candidats les plus radicaux en apparence comme Sanders et Trump sont en faveur de « zones de sécurité » en Syrie, essentiellement une invasion militaire directe. Les deux sont sélectifs dans leur soutien aux droits constitutionnels avec Trump démontrant une volonté de serrer la vis contre le Premier Amendement et Sanders prêt à sévir contre le Deuxième.

Il est également important de noter que l’establishment ici aux États-Unis semble favoriser Hillary Clinton comme figure de tête. Ainsi, nous voyons une poussée importante des oligarques américains pour l’installer comme présidente. Dorénavant, nous voyons l’expression d’inéluctabilité qui lui est attribuée par les républicains et les médias traditionnels, la faiblesse de Sanders dans les débats et dans sa campagne contre elle, et la possibilité que les candidats républicains comme Donald Trump travaillent en fait pour elle dans le camp républicain.

Essentiellement, les candidats sont médiocres parce que le discours politique américain est médiocre. Les oligarques aux États-Unis se sont assurés que les idées vraiment originales ou celles qui ne reflètent pas la position de l’oligarchie ne réussissent jamais dans un débat politique.

On a assisté au spectacle de la COP 21 où les grandes puissances ont affirmé qu’il était une réussite et que les accords seraient respectés. Pensez-vous qu’avec un capitalisme carnassier et un impérialisme criminel, peut-on aboutir à un quelconque accord pour l’environnement ?

Je ne vois pas la réunion de la COP21 comme positive en aucune façon. Particulièrement parce que les solutions à la dégradation de l’environnement s’appuient sur l’idée de réchauffement global basé sur le CO2 artificiel anthropogénique et ne proposent rien d’autre que des mesures d’austérité génocidaires qui réduisent radicalement le niveau de vie du Premier Monde et condamnent le Tiers-monde à rester dans ses conditions actuelles. Ce qui est tragique, c’est que cela ne doit pas être ainsi. Les gens de la planète sont très capables d’avoir leur gâteau et de le manger quand arrive le plus haut niveau de vie, de développement et d’un environnement propre. Cependant, une obsession avec la « science du climat » erronée qui reproche au CO2 tout ce qu’il y a sous le soleil et un système mondial corporatiste qui éliminerait chaque arbre de la planète si cela permettait d’augmenter les profits se combine pour fournir le pire des deux mondes – l’austérité et le féodalisme d’entreprise.

Ma suggestion pour les personnes de bonne volonté est d’abandonner l’alarmisme du CO2 et de se concentrer sur des solutions réelles aux problèmes du monde réel comme la déforestation, la fracturation, la contamination radioactive, les cultures génétiquement modifiées, et similaires. Mettre fin aux guerres impérialistes permettrait aussi de fournir l’opportunité d’aborder les questions environnementales. Mettre l’accent sur un véritable développement respectueux de l’environnement et sur la réparation des dégâts déjà infligés devrait être au centre de l’attention de la communauté mondiale. L’argent est déjà disponible pour cela pour toute nation qui a le courage de nationaliser sa banque centrale et d’utiliser un stimulus de crédit à des fins de recherche et de mise en œuvre.

À propos du virus Zika, on parle d’une grande manipulation qui sert les intérêts de groupes industriels et différents lobbies. Quelle est votre opinion ?

Le virus Zika représente une urgence potentielle de santé dans le monde, mais il représente aussi la possibilité que certains lobbies – médicaux, pharmaceutiques, vaccins, et bien d’autres – tentent de générer la panique pour l’augmentation de leurs profits. Il est aussi possible que certains éléments dans l’élite au pouvoir sont en train de contribuer à augmenter l’inquiétude sur Zika dans un but de distraction ou même l’éventualité où beaucoup de sociétés peuvent voir une répression gouvernementale sur leurs libertés civiles sous couvert d’une urgence de santé publique. Souvenez-vous, il y a seulement quelques mois, Ebola était présenté comme la maladie qui nous tuerait tous. Nous avons vu des préparations pour les vaccins, des quarantaines et une loi martiale virtuelle. En février 2016, peu d’Américains se souviennent de la peur d’Ebola.

Quel bilan faites-vous des deux mandats d’Obama, et s’est-il affranchi des thèses des néocons ?

Obama a couru pour le bureau en 2008 dans ce que l’on pourrait presque appeler une révolution de couleur. Il y avait certainement des éléments bien financés d’un culte de la personnalité. 2012 semblait représenter plus une crainte de Romney de la part de l’électorat qu’un soutien à Obama, qui, pour certains, conserve encore son culte de personnalité superstar. J’hésiterais d’appeler cela un mandat, cependant.

En ce qui concerne les néocons, Obama n’est pas différent d’un néocon. Ses politiques sont essentiellement les mêmes que George W. Bush et on aurait de la peine à les différencier. Il n’y a que dans la mise en œuvre que l’on trouve des différences visibles. Par exemple, les années de Bush ont été marquées par l’invasion militaire directe tandis qu’Obama est impliqué dans le « bombardement humanitaire » et les forces par procuration, mais le programme global de l’impérialisme a été maintenu. La répression sur les libertés civiles domestiques a continué à une vitesse croissante. Les néocons eux-mêmes sont toujours visibles dans le cabinet d’Obama. Tout cela est une démonstration du fait que le bureau du Président est devenu un simple poste de marionnettes, où une élite dominante change les figures de tête tous les quatre à huit ans. L’ordre du jour de cette élite avance simplement sous une marque différente. Retenez mes mots, peu importe qui sera élu, 2016-2020 ne sera pas différent.

Interview réalisée par Mohsen Abdelmoumen

Qui est brandon Turbeville ?

Brandon Turbeville est un auteur et écrivain qui réside à Florence en Caroline du Sud. Il est l’auteurarchives articles ici – de sept ouvrages : Codex Alimentarius — The End of Health Freedom, 7 Real Conspiracies, Five Sense Solutions and Dispatches From a Dissident, volume 1 et 2,The Road to Damascus: The Anglo-American Assault on Syria,, et The Difference it Makes: 36 Reasons Why Hillary Clinton Should Never Be President. Il a aussi écrit plus de 700 articles sur des sujets portant sur la géopolitique, le Moyen-Orient, la Syrie, l’économie, la santé, la corruption du gouvernement, et les libertés civiles. Brandon a rejoint l’équipe d’Anti-Media en tant que journaliste indépendant en Juillet 2014. Turbeville a été interviewé par un certain nombre d’organes de presse dans les medias alternatifs autant indépendants que grand public. Il a été interviewé par PRESS TV, al-Etejah, FOX, ITAR-TASS, LPR, et Sputnik International. Il anime une émission de radio hebdomadaire, Truth on the Tracks, qui peut être écoutée chaque lundi soir à 21 heures sur UCYTV.

Son site est : BrandonTurbeville.com.

Published in English in American Herald Tribune, February 16, 2016: http://ahtribune.com/politics/519-brandon-turbeville-daesh.html

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