Dr. William B. Quandt : « L’Algérie doit réussir sa prochaine transition du pouvoir »

Publié le par Mohsen Abdelmoumen

Dr. William B. Quandt. Dr.

Dr. William B. Quandt. Dr.

Mohsen Abdelmoumen : Pourquoi le Dr. Quandt s’est-il intéressé à l’Algérie, notamment à travers ses deux livres Between Ballots and Bullets: Algeria’s Transition from Authoritarianism, et Revolution and Political Leadership: Algeria, 1954-1968 ?

Dr. William B. Quandt : J’étais étudiant en France en 1961, juste au moment où la guerre d’Algérie touchait à sa fin. Quelques années plus tard, j’étais étudiant diplômé du MIT (ndlr Massachusetts Institute of Technology) et je me suis intéressé à la façon dont les pays nouvellement indépendants se développeraient. J’ai décidé d’étudier l’Algérie, en partie parce que je parle plus ou moins couramment le français, et je me suis intéressé à la question de savoir comment une révolution peut devenir un État. Cela a conduit à mon premier livre. Le deuxième livre était le résultat de ce que je n’avais pas compris de l’impact de l’Islam politique, donc j’ai essayé de comprendre ce qui est arrivé dans les années 1990.

Vous êtes l’un des rares intellectuels américains parmi tous ceux que j’ai interviewé, à avoir analysé la question du terrorisme en Algérie dans les années 1990, via des livres, des articles de presse, etc. Quelle est la synthèse que vous avez tirée de votre analyse ?

Je suis l’un des rares analystes qui continue à penser que l’Algérie a un avenir prometteur, en dépit de toutes les erreurs et les problèmes. La société est intacte malgré les années 1990, et il y a une nouvelle génération prête à prendre plus de responsabilités. Le problème de la rente du pétrole est une question importante, de même que la succession de Bouteflika, et il faudra un certain temps avant de voir si l’Algérie peut devenir un modèle de gouvernance démocratique. Je lis la presse algérienne chaque jour, et au moins elle permet un certain degré de débat.

Certains lobbies français anti algériens ont développé la thèse qu’on appelle le « qui tue qui », innocentant les terroristes islamistes en accusant l’armée algérienne et les services de renseignement d’avoir été impliqués dans les massacres. Pourquoi cette thèse du « qui tue qui » n’a-t-elle pas été utilisée aux Etats-Unis ?

Nous ne pourrons jamais connaître les détails de ce qui est arrivé dans les années 1990. Je suis sûr qu’il y a eu des choses terribles effectuées de tous côtés, mais la thèse du « qui tue qui » jette trop le blâme sur le régime.

Les services de renseignement algériens ont subi des attaques autant internes qu’externes, ne pensez-vous pas que dans le contexte géopolitique actuel de la région du Sasel (Sahara et Sahel), ceux qui portent des coups contre les services de renseignement algériens jouent avec le feu ?

Je n’en sais pas assez sur la question pour avoir une opinion.

Hillary Clinton est très proche du Makhzen marocain. Au cas où elle serait élue à la présidence, quelle influence aura-t-elle sur la coopération antiterroriste entre les États-Unis et l’Algérie ?

Peut-être. Le prochain président américain pourrait également être Trump, et qui sait ce que cela signifierait. Mais je ne pense pas qu’Hillary soit anti-Algérie.

Quel sera l’impact de l’élection d’Hillary Clinton sur la question du Sahara occidental ? Pensez-vous qu’elle agira dans la continuité d’Obama ou va-t-elle changer de politique envers cette question ?

Ce n’est pas une question prioritaire pour les Américains et je doute qu’elle y ait beaucoup réfléchi.

En tant qu’intellectuel de renommée internationale et responsable politique américain qui a travaillé avec deux présidents, pensez-vous que l’option d’une intervention de l’OTAN en Libye n’a pas été juste reportée pour l’après-élection américaine ? La solution politique souhaitée par l’Algérie est-elle envisageable selon vous ?

J’ai le sentiment qu’il y a quelques mouvements de soutien au nouveau gouvernement libyen. Je ne sais pas si c’est ce que veut l’Algérie, mais nous avons tous intérêt à ce que la crise interne en Libye prenne fin, et pour assurer que Daech n’obtienne pas une forte présence là-bas.

L’Algérie d’aujourd’hui avec un président malade et des institutions en panne, peut-elle traiter d’égal à égal avec les autres nations, dont les Etats-Unis ? Une Algérie stable avec des institutions et une armée fortes n’est-elle pas une clé de la stabilité de toute la région ?

L’Algérie doit réussir sa prochaine transition du pouvoir. Je n’ai aucune idée de la façon dont cela va se passer, mais l’Europe et les États-Unis ainsi que le reste du monde veulent que l’Algérie connaisse une transition réussie vers un gouvernement efficace qui puisse traiter à la fois les problèmes internes et externes auxquels elle est confrontée.

Les Français ont soutenu le 4ème mandat du président Bouteflika malgré sa maladie, moyennant des contrats avantageux. Ne pensez-vous pas que les Français manquent de vision stratégique en misant sur le court terme et des contrats alléchants, alors qu’ils sont responsables en grande partie de l’intervention en Libye et du chaos qu’elle a engendré ? Comment expliquez-vous ce manque de vision stratégique française qui ne concerne pas seulement l’Algérie mais toute l’Afrique, voire l’Europe et le monde ?

Quoi que l’on pense de la politique étrangère française, la France reste un acteur important dans le Maghreb et nous devrions tous essayer de l’encourager à jouer un rôle constructif.

Interview réalisée par Mohsen Abdelmoumen

Qui est le Dr. William B. Quandt ?

Le Dr Quandt est un chercheur américain, auteur et professeur émérite à l’Université de Virginie, au Département Politique où il occupe la chaire Edward R. Stettinius et où il enseigne sur le Moyen-Orient et la politique étrangère américaine. Il a également été vice-recteur aux Affaires Internationales de l’Université. Auparavant, il a exercé la fonction de chercheur principal dans le programme d’études de Politique Étrangère à la Brookings Institution, où il a mené des recherches sur le Moyen-Orient, la politique américaine envers le conflit israélo-arabe, et la politique énergétique. Le Dr. Quandt a été membre du Conseil de Sécurité Nationale sous les administrations de Richard Nixon et Jimmy Carter (1972-1974, 1977-1979). Il a participé activement aux négociations qui ont mené à Camp David et au traité de paix israélo-égyptien. Le Dr. Quandt a également été professeur agrégé de sciences politiques à l’Université de Pennsylvanie, a travaillé à la Rand Corporation au Département des sciences sociales, et a enseigné à l’UCLA et au MIT. Ses domaines d’expertise sont l’Algérie, l’Egypte, Israël, la Palestine, le processus de paix, et la politique étrangère des États-Unis. Il a été président de la Middle East Studies Association. Il est membre du Conseil des relations étrangères, et siège au conseil d’administration de l’Université américaine du Caire et à la Fondation pour la paix au Moyen-Orient.

Le Dr. Quandt a reçu un certain nombre de bourses de recherche, comprenant la Social Science Research Council International Fellowship, the Council on Foreign Relations International Affairs Fellowship, et the National Defense Education Act Fellowship. Il a été élu à l’Académie américaine des Arts et des Sciences et il a reçu le Prix d’enseignement All-University à l’Université de Virginie. Il a également été bénéficiaire du Thomas Jefferson Award de l’Université de Virginie, la plus haute distinction pour les bourses d’études et du service donné par l’Université.

Le Dr. William Quandt a écrit de nombreux livres et ses articles ont paru dans une grande variété de publications. Ses livres comprennent : Peace Process: American Diplomacy and the Arab-Israeli Conflict Since 1967, (Brookings, 2005, third edition) ; Between Ballots and Bullets: Algeria’s Transition from Authoritarianism, (Brookings, 1998) ; The United States and Egypt: An Essay on Policy for the 1990s, (Brookings, 1990) ; Camp David: Peacemaking and Politics, (Brookings, 1986) ; Saudi Arabia in the 1980s: Foreign Policy, Security, and Oil, (Brookings, 1981) ; Decade of Decisions: American Foreign Policy Toward the Arab-Israeli Conflict, 1967-1976 (University of California Press, 1977) ; et Revolution and Political Leadership: Algeria, 1954-1968 (MIT Press, 1969). Il a aussi publié : The Middle East: Ten Years After Camp David, (Brookings, 1988).

Published in English in American Herald Tribune, May 19, 2016: http://ahtribune.com/world/africa/914-algeria.html

In Oximity: https://www.oximity.com/article/Dr.-William-B.-Quandt-L-Alg%C3%A9rie-d-1

In Palestine Solidarité: http://www.palestine-solidarite.org/analyses.mohsen_abdelmoumen.200516.htm

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