Le Dr. Jacques Sapir : « La lutte pour la souveraineté des Nations est aujourd’hui décisive »

Publié le par Mohsen Abdelmoumen

Le Dr. Jacques Sapir. DR.

Le Dr. Jacques Sapir. DR.

Mohsen Abdelmoumen : Dans votre livre « Les économistes contre la démocratie : Pouvoir, mondialisation et démocratie », vous êtes très critique envers les économistes. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Dr. Jacques Sapir : C’est essentiellement parce que les économistes se sont approprié un pouvoir qui ne leur revient pas. Ils ont en effet pénétré les rouages des appareils de décision. Ceci est vrai à l’échelle des États, comme à celle des grandes organisations internationales, qu’il s’agisse de l’Union européenne, ou de l’OCDE ou de l’OMC. Ils sont ainsi de plus en plus portés à intervenir sur l’ensemble des problèmes sociaux et politiques. Or, quand ils interviennent, c’est en mélangeant une position d’experts et une position d’acteurs politiques. Cela pose un problème immédiat. Car, si l’expert est légitime à parler au nom d’une connaissance, l’acteur politique doit se plier à la règle du débat démocratique. En jouant sur ces deux tableaux, les économistes s’exonèrent du problème de vérification. Le problème est donc de savoir dans quel espace parle-t-on, dans celui de la pure compétence ou dans celui des choix politiques. Si on se situe dans ce dernier, il n’est plus possible d’admettre que la seule « compétence », que l’on ne saurait d’ailleurs plus vérifier car tout jugement mélangerait  éléments de compétence et valeurs politiques, puisse trancher le débat. Si l’on est dans l’espace du politique, alors la question de la légitimité se pose. Or, cette question fait immédiatement référence à la question, de degré supérieur, de la souveraineté. Dans l’espace du politique, on demande d’abord qui est légitime, et qui est souverain.

Mais il y a un problème qui est plus profond. La crédibilité scientifique dont ils se réclament est loin d’être indiscutable, ou indiscutée. Il y a de très sérieuses raisons à cela, que j’ai exposées dans un ouvrage datant du début des années 2000[i]. La manière même dont une majorité de la profession, ceux que l’on appelle les économistes du courant dominant ou « mainstream » comprend l’objet de ses travaux est aujourd’hui débattue et fortement critiquée[ii]. Les méthodes que ces économistes emploient, les modèles sur lesquels ils se fondent, sont ouvertement contestées. C’est en particulier le cas des modèles inspirés par l’économie néo-classique, qu’il s’agisse des modèles dits CGE (Computable General Equilibrium) ou qu’il s’agisse des modèles DSGE (Dynamic Stochastic General Equilibrium)[iii]. Et cela renvoie à un débat plus général sur l’usage que l’on peut faire des modèles[iv].

Mais, pour légitime et nécessaire que soit cette contestation, elle laisse cependant dans l’ombre un point essentiel: la pensée politique spontanée des économistes, ou plus précisément de ce courant dominant. En fait, les économistes font de la politique, ce que personne ne songe d’ailleurs à leur reprocher, mais ils font de la politique en prétendant ne pas en faire, et en délégitimant par avance tout discours critique. Ceci est, évidemment, une atteinte grave à la démocratie.

L’économie ne serait pas la discipline normative et prescriptive qu’elle est, et si les économistes étaient restés dans leurs bureaux et leurs salles de cours, cette question n’aurait, en réalité, que peu d’intérêt. Mais, quand on confie à des économistes, ou simplement au raisonnement économique, le soin de guider des décisions dont l’ampleur et les conséquences dépassent de loin l’économie, cette question devient légitime. Quand l’économie se voit progressivement transformée en un système technique dont les termes des choix ne seraient plus accessibles au simple citoyen, cette question devient impérative. Elle est même centrale pour comprendre l’évolution de la démocratie dans nos pays.

Il ne s’agit donc pas ici de s’interroger sur les choix partisans de tel ou tel, ou même de contester le droit à un économiste de prendre des positions politiques. Peu importe, pour la démocratie, de savoir si tel ou tel vote à gauche ou à droite. Mais encore faut-il qu’il précise, quand il le fait, qu’il prend des positions politiques, et qu’il accepte les règles du débat politique. Il ne peut se réfugier, alors, dans un argumentaire de nature technique ou, s’il le fait, il doit savoir qu’il prend des positions qui sont fondamentalement anti-démocratiques.

Il ne s’agit pas, non plus, de mettre en doute l’attachement formel à la démocratie de certains de mes collègues. Je suis persuadé que l’on peut, avec la plus grande sincérité, s’affirmer profondément attaché à la démocratie et dans le même temps prodiguer des conseils ou défendre des normes dont les effets seront profondément dangereux pour cette démocratie. L’amour de la servitude est d’autant plus destructeur, et d’autant plus profond, qu’il se pare d’une défense formelle de son contraire.

Vous êtes un économiste de renom. Ne pensez-vous pas que la science économique, comme d’autres sciences, a atteint ses limites en étant au service des classes dominantes ?

L’économie est avant tout une science critique, et donc une science sociale. L’idée de la construire sur le modèle de la mécanique, voire de la physique du XIXè siècle, a représenté une immense erreur de la part des économistes qui l’ont portée. C’est ce que démontre avec beaucoup de talent Mirowski[v]. Elle doit nous permettre de comprendre non pas des lois générales, mais des lois tendancielles, locales et particulières de l’activité économique[vi]. Si l’économie (et l’économiste) se borne à cela, il ne se met nullement au service des classes dominantes. Mais, certaines théories sont en réalité l’expression de la pensée spontanée des classes dominantes. Et ceci pose un problème quand on sort du cadre analytique pour entrer dans le domaine du normatif et du prescriptif.

Il faut, ici, s’interroger sur la conception de l’ordre social et politique qui découle spontanément de certaines conceptions de l’ordre économique. Ce que l’on veut mettre en lumière c’est le lien qui unit certaines des hypothèses du raisonnement économique orthodoxe aux conséquences politiques des prescriptions qui en découlent. C’est une tâche importante,  compte tenu des échéances en France, en Europe mais aussi dans les instances internationales.

Cette pensée spontanée porte en elle les figures de la dépolitisation de la politique économique, de la naturalisation de l’économie, de la substitution des choix techniques aux choix démocratiques. Elle conduit, en pente douce, par glissements successifs, à la tyrannie. De ce point de vue, il est aujourd’hui évident que l’on est confronté aux limites des cadres théoriques dans lesquels le consensus des économistes, du moins du « mainstream », s’est constitué. Il s’agit ici de limites en matière d’explications, mais aussi de limites en ce qui concerne la cohérence et même la consistance des modèles canoniques, de limites enfin d’une méthode qui est de moins en moins scientifique[vii]. De ce point de vue, on peut penser qu’en reprenant, parfois de manière consciente mais aussi parfois de manière inconsciente, le discours des classes dominantes, et en cherchant à lui donner les atours d’une pensée dite scientifique, l’économie à cessé d’être une science. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne puisse pas y avoir de science économique. Ce n’est pas parce que des générations d’économistes ont failli que cela condamne le projet d’existence de la science économique.

La décadence actuelle de la pensée économique dominante n’est pas celle de la science économique. Il n’y a rien en cette dernière qui en fasse sans coup férir un instrument de décervelage des gouvernants ou une justification de l’inaction. Cette décadence actuelle ne résulte pas d’une erreur fondatrice de l’économie mais bien de la conjonction de la faillite d’un programme de recherches particulier, que l’on peut pour simplifier qualifier de récupération libérale de l’héritage keynésien, et d’un refus d’une part, hélas majoritaire, des économistes de se doter d’une méthodologie robuste. Construisant sur du vent, ils ne nous promettent que des récoltes de tempêtes.

On peut penser que l’un des problèmes centraux de la science économique est d’établir la typologie et les formes des modes de coordination entre des acteurs qui sont à la fois physiquement séparés et interdépendants[viii].

La question essentielle n’est pas, non plus, de savoir si l’économie sera ou non une « science dure ». L’opposition entre des sciences réputées molles et celles qui s’affirment dures est déjà suspecte. Au-delà, il y a beaucoup d’illusion, ou de prétention, à croire qu’une discipline puisse s’auto-affirmer dans un registre dont elle exclurait les autres, en tout ou partie. Le problème fondamental n’est pas le statut de l’économie comme science mais la compréhension par les économistes eux-mêmes des conditions dans lesquelles ils travaillent. Ceci implique une discussion sur les bases méthodologiques[ix], terrain qu’évitent soigneusement les économistes représentatifs de l’économie dominante ou « mainstream »[x], quand ils ne cherchent pas en réalité à délégitimer toute réflexion sur la méthodologie[xi].

Je m’intéresse beaucoup à vos travaux et je vous considère comme un témoin de l’effondrement de l’Union soviétique. Le système capitaliste a-t-il triomphé de la Révolution bolchevique sans offrir de perspectives pour l’humanité ?

En fait, il convient ici de s’interroger sur ce qu’était réellement l’Union soviétique. Elève de Charles Bettelheim, j’ai développé une vision hétérodoxe de l’URSS, reposant sur l’idée que la révolution d’octobre 1917 avait donné naissance à un système de capitalisme d’Etat. Ce système s’est complexifié avec le « grand tournant » et la politique stalinienne à la fin des années 1920[xii]. Il a acquis sa stabilité – certes relative – dans les années 1950[xiii]. Le grand économiste polonais, Oskar Lange, qui fut l’un des principaux théoriciens de la planification[xiv], par exemple n’a pas hésité à qualifier la planification « réellement existante » en Europe de l’Est d’économie de guerre sui-generis; par là il entendait non pas une économie centrée sur des productions militaires mais une économie fonctionnant à partir des systèmes d’ordres et de priorités que l’on avait connus lors des deux conflits mondiaux[xv].

L’analyse des formes économiques qui commencent à se coaguler en Russie depuis 2000 suggère le retour à un modèle de développement où le poids de l’État sera particulièrement important, que ce soit sous des formes directes ou indirectes. Dans le même temps, ces formes économiques ne sont pas sans rappeler celles que l’on trouvait dans le modèle de développement russe des années 1880-1914. Ceci est particulièrement sensible dans le domaine bancaire, mais concerne aussi la très forte collusion entre de grands groupes industriels et le pouvoir politique. Mais, la question de la permanence intertemporelle de schémas de développement ne va pas sans soulever des interrogations théoriques essentielles pour l’économie et les sciences sociales. Sommes-nous en présence d’un « effet de sentier » particulièrement puissant, ou devons nous analyser cette permanence comme une apparence, les acteurs du présent réutilisant à d’autres fins des moules institutionnels passés ? La persistance de certaines formes institutionnelles dans des modèles de développement étalés sur près de 120 ans traduit-elle la pertinence de ces formes par rapport aux problèmes du développement ou au contraire la persistance d’habitudes passées, que l’on aura alors tendance à qualifier d’archaïsmes ?

La permanence des structures, compte tenu et de l’opprobre dont l’ancien système était frappé et de la radicalité des réformes prises en 1992 et 1993, constitue une interrogation que l’on ne peut esquiver. Que le système soviétique soit mort n’est cependant pas douteux ; il l’était en réalité avant que ne commence son démantèlement à la fin des années quatre-vingts. Mais ce qui émerge aujourd’hui, en particulier la tendance à la constitution d’un système corporatiste[xvi], renvoie largement à l’héritage soviétique.

Il est vrai aussi que l’URSS ne s’était pas débarrassée, ni en un jour ni en un an, des legs russes. Qu’il s’agisse de la permanence des administrations, au moins jusqu’en 1929[xvii], de la proximité du discours industrialisateur soviétique avec celui du ministre modernisateur Witte au XIXème siècle, voire de pratiques sociales, tant rurales qu’urbaines, dont on peut suivre les traces jusque dans les années quarante, les continuités sont bien plus grandes que ne l’imaginent les représentations mythiques, en positif ou négatif, de la révolution de 1917[xviii]. Ce thème des permanences, transformées et recomposées par le mouvement du développement, constitue l’un des axes de l’interprétation que Moshe Lewin a donné du système soviétique[xix].

Il est donc incontestable que les dirigeants de l’URSS ont été conscients, et souvent au sens d’une conscience tragique, de la présence de ces archaïsmes. Pourtant, et l’on pourrait ici tracer un parallèle entre la modernisation d’un Pierre le Grand et celle d’un Staline, les méthodes utilisées pour moderniser sont la cause de la survivance, voire du renforcement des éléments qualifiés d’archaïques[xx]. Dans un cas comme dans l’autre, les rythmes de la modernisation imposent le recours ou le renforcement de structures anciennes, qu’il s’agisse du servage au début du XVIIIème siècle ou des modes de commandement ancestraux dans le cours de l’industrialisation soviétique, avec un mode de gestion de la main d’œuvre et un rapport aux relations homme/machine très primitifs[xxi]. Cette combinaison, pas toujours heureuse, entre les produits de la modernisation et des pratiques archaïques, voire entre des éléments techniques d’origines diverses, est attestée longuement tant par des sources soviétiques que par des témoins occidentaux[xxii]. Rappelons qu’est considérée comme pathologique, depuis Durkheim, la survie dans le présent de généralités ayant été engendrées par des conditions passées qui ont depuis disparu[xxiii]. De ce point de vue, on peut alors considérer le système soviétique comme pathologique, et c’est incontestablement l’une des voies que suggère M. Lewin quand il évoque à propos du stalinisme une pathologie systémique[xxiv]. Pour autant, l’image de structures sociales, de normes de comportement survivant à la disparition de leurs causes premières n’est pas parfaitement convaincante. Si on accepte de quitter un instant l’URSS et la Russie pour s’intéresser à une autre trajectoire de modernisation, celle du Japon contemporain, on va retrouver la dualité entre le nouveau et l’ancien.  La persistance de relations sociales traditionnelles, tout comme celle de formes anciennes d’organisation économique, ont été des éléments décisifs dans le succès de la stratégie de l’ère Meïji[xxv]. Il faut alors s’interroger si le renforcement dans la Russie actuelle de comportements hérités de la période soviétique, comme les relations bilatérales, les pratiques de collusion entre directeurs, mais aussi l’intégration des travailleurs à travers le développement des fonctions sociales de l’entreprise, constituent nécessairement des phénomènes négatifs. Le succès de toute stratégie de modernisation passe, très probablement, par la capacité à réutiliser des formes traditionnelles et non par la projection et l’application, directes et intégrales, de l’ensemble des formes réputées modernes et directement empruntées à des sociétés considérées comme plus avancées.

Il nous faut donc comprendre la période soviétique comme la forme spécifique à la Russie prise par le développement du capitalisme, une forme qui a abouti aussi à transformer ce capitalisme et qui fait qu’aujourd’hui la Russie est bien un système capitaliste mais n’est pourtant pas assimilable que ce soit aux États-Unis ou aux divers capitalismes européens.

La démondialisation est-elle la seule résistance qu’il nous reste face à l’ultralibéralisme ?

La démondialisation est bien aujourd’hui à l’ordre du jour, comme je l’indiquais dans un livre datant de 2011[xxvi]. Elle n’est nullement la seule résistance qu’il soit possible d’opposer au néo-libéralisme ou à l’ultralibéralisme, et l’on peut penser à des formes de résistances écologiques par exemple. Mais c’est très nettement aujourd’hui la forme où se joue la bataille décisive. C’est d’ailleurs pourquoi la lutte pour la souveraineté des Nations, que cette dernière s’incarne dans la souveraineté populaire – ce qui est évidemment souhaitable – ou qu’elle s’incarne dans la souveraineté simple, est aujourd’hui décisive. C’est ce qui a motivé l’écriture de mon ouvrage sur la souveraineté[xxvii].

Une des caractéristiques essentielle de la période actuelle est que nous vivons l’amorce d’un reflux de la globalisation économique, ce que l’on appelle en France la « mondialisation » et « globalisation » dans le monde Anglo-saxon[xxviii], même si ce terme a en réalité une signification plus large. Cela implique que l’histoire et la politique reprennent leurs droits avec le retour des États, que l’on disait naguère impuissants, et le recul des marchés, que l’on prétendait omniscients[xxix].

En fait, le monde a connu bien des épisodes de flux et de reflux dans le domaine des échanges. Des historiens de l’économie l’avaient bien noté[xxx]. Désormais, c’est le lien même entre croissance mondiale et libre-échange qui est ouvertement contestée par des économistes qui ne sont pas spécialement des hétérodoxes[xxxi]. Mais il est vrai que cette démondialisation survient dans le sillage d’une crise majeure. Alors se réveillent de vieilles peurs. Et si cette démondialisation annonçait le retour au temps des guerres ? Mais ces peurs ne sont, en réalité, que l’autre face d’un mensonge qui fut propagé par ignorance, pour les uns, et par intérêt, pour les autres. Non, la globalisation ou la mondialisation ne fut pas, ne fut jamais « heureuse ». Le mythe du « doux commerce » venant se substituer aux conflits guerriers a été trop propagé pour ne pas laisser quelques traces… À la vérité, ce n’est qu’un mythe. Toujours, le navire de guerre a précédé le navire marchand. Les puissances dominantes ont en permanence usé de leur force pour s’ouvrir des marchés et modifier comme il leur convenait les termes de l’échange. Mais, ces vingt dernières années ont été loin d’apporter de l’eau au moulin des partisans du libre-échange[xxxii]. De fait, ce dernier n’a pas fait disparaître les conflits. Les progrès du libre échange se sont arrêtés avec la crise de 2008-2010. Le cycle de Doha s’est avéré être un échec[xxxiii]. Le nombre de mesures protectionnistes prises dans les différents pays depuis 2010 ne cesse d’augmenter. Aussi, le tournant pris par les États-Unis sous la direction de Donald Trump, pour spectaculaire qu’il soit, est-il moins étonnant que ce que l’on aurait pu croire[xxxiv]. Il se produit dans le contexte d’une réhabilitation générale de l’État développeur[xxxv]. Il est donc aujourd’hui significatif que le libre-échange soit remis en cause par les États-Unis, par un président américain, et qui plus est par une personne connue pour être proche du monde des affaires. De fait, les critiques contre le libre-échange provenaient plutôt des pays du « Sud » et de gouvernements considérés comme de gauche ou à tout le moins comme populistes.

Les temps sont ainsi mûrs pour une remise en cause globale du processus de globalisation, et pour une compréhension plus juste des causes de la croissance au niveau international[xxxvi].

La conception de l’Europe n’est-elle pas fasciste ?

Il est erroné ici de parler de « l’Europe » comme si cette dernière était une institution ou une fédération. La seule réalité de l’Europe est une réalité historique, d’ailleurs diverse, et surtout une réalité culturelle. Si vous allez à Vladivostok en Russie, vous êtes dans une ville européenne. Ce qui pose aujourd’hui un problème à la démocratie, c’est l’existence de l’Union européenne, qui elle est une institution et dont on peut suivre l’évolution depuis l’origine, c’est à dire le traité de Maastricht. C’est même l’évolution de l’Union européenne depuis les années 2007-2009 qui pose véritablement problème. Là, oui, incontestablement, nous sommes en présence d’une structure qui tend à se développer sans contrôle ni responsabilité. Les déclarations de Jean-Claude Juncker lors de l’élection grecque de janvier 2015 en témoignent[xxxvii]. Le comportement de l’UE et celui des institutions de la zone Euro appellent une réaction d’ensemble parce que ces institutions contestent cette liberté qu’est la souveraineté[xxxviii]. Rappelons ici cette citation de Monsieur Jean-Claude Juncker, le successeur de l’ineffable Barroso à la tête de la Commission européenne : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ». Cette déclaration révélatrice date de l’élection grecque du 25 janvier 2015, qui justement vit la victoire de SYRIZA. En quelques mots, tout est dit. C’est l’affirmation tranquille et satisfaite de la supériorité d’institutions non élues sur le vote des électeurs, de la supériorité du principe technocratique sur le principe démocratique.

Les règles de base de la démocratie sont systématiquement violées. Les Britanniques ont pris conscience de cette réalité et ils en ont tiré les conclusions logiques avec le BREXIT et la décision de sortir de l’Union européenne. Si je n’utiliserai pas le terme de « fasciste », parce que je crois beaucoup à la nécessaire précision des termes, et que le « fascisme » implique un projet totalitaire avec des formes d’embrigadement de la population du berceau jusqu’à la tombe, l’Union européenne est clairement devenue aujourd’hui une institution liberticide et un projet dangereux pour les divers peuples européens.

Par contre, il est clair que les dirigeants européens reprennent, en le sachant ou non, le discours de l’Union soviétique par rapport aux pays de l’Est en 1968 lors de l’intervention du Pacte de Varsovie à Prague : la fameuse théorie de la souveraineté limitée. Ils affectent de considérer les pays membres de l’Union européenne comme des colonies, ou plus précisément des « dominions », dont la souveraineté était soumise à celle de la métropole (la Grande-Bretagne). Sauf qu’en l’occurrence, il n’y a pas de métropole. L’Union européenne serait donc un système colonial sans métropole. Et, peut-être, n’est-il qu’un colonialisme par procuration. Derrière la figure d’une Europe soi-disant unie, mais qui est aujourd’hui divisée dans les faits par les institutions européennes, on discerne la figure des États-Unis, pays auquel Bruxelles ne cesse de céder. Certains l’on fait, comme Stefano Fassina en Italie[xxxix]. Je l’ai dit et je l’ai écrit, et je ne me renie pas, il faudra bien, à un moment donné, en tirer les conséquences, et toutes les conséquences[xl].

Quelle est votre lecture de la politique de la nouvelle administration Trump ?

L’administration Trump nous met devant une contradiction intéressante. D’une part, il s’agit clairement d’une administration issue d’un projet populiste. Ce projet a clairement en son sein des éléments régressifs. Mais l’administration Trump permet aussi de poser tout une série de questions quant à la rationalité du libre-échange qui est devenu de nos jours non plus une théorie mais bien une idéologie, non une simple idéologie mais une religion. On le voit en particulier dans le cas de l’Union européenne.

Le Président Donald Trump n’a d’ailleurs guère attendu son entrée en fonction, le 20 janvier 2017, pour commencer  à mettre en œuvre une partie de son programme économique, que ce soit au niveau interne[xli] ou à travers des pressions protectionnistes et la remise en cause des accords de libre échange. Qu’il s’agisse du Traité Trans-Pacifique (le TPP), de l’ALENA (signé il y a plusieurs décennies avec le Mexique et la Canada), voire de mesure remettant en cause l’autorité de l’OMC, c’est bien à une offensive généralisée contre le principe même du libre échange à laquelle on assiste. Cette offensive suscite des nombreuses questions quant à sa pertinence, et à la politique commerciale que le Président Trump veut mettre en œuvre pour les Etats-Unis. Il est d’ailleurs très intéressant de constater que des économistes qui sont classés à gauche sur l’échiquier politique admettent aujourd’hui qu’un traité comme l’ALENA (ou NAFTA) a provoqué des dommages importants à l’économie mexicaine par exemple[xlii].

Les récentes déclarations de Donald Trump tout comme ses pressions sur les grands groupes industriels par des messages Twitter (pour Toyota[xliii], Ford et General Motors), si elles peuvent paraître quelque peu exotiques, ont donc relancé la question de formes modernes de protectionnisme. De ce point de vue, on doit créditer l’administration Trump d’une contribution positive quant au débat sur la nécessité de sortir d’un libre-échange généralisé et de repenser des formes de protectionnisme.

C’est un point intéressant, mais assez paradoxal, que le libre-échange soit remis en cause par le Président considéré comme le plus « pro-business », mais aussi le plus indifférent aux préoccupations écologiques, qu’il soit aux Etats-Unis depuis de nombreuses années. Au-delà du style politique, discutable, de Donald Trump, reconnaissons que son projet s’inscrit dans le cadre du grand retournement annoncé il y a de cela quelques années. Nous ne savons pas encore, à l’heure actuelle, si Donald Trump réussira à articuler une véritable politique de réindustrialisation de son pays, politique qui profiterait alors au plus grand nombre. Mais, sa politique prend en compte, à la différence de ce que l’on peut voir dans l’Union européenne, que l’ère du libre-échange est aujourd’hui terminée.

Votre site RussEurope a-t-il un impact pour éveiller les consciences des citoyens européens aux enjeux géostratégiques ?

Quand j’ai créé, en septembre 2012, avec l’aide technique de la FMSH (Fondation Maison des sciences de l’homme), et en particulier de Nicolas de Lavergne que je tiens ici a chaleureusement remercier, mon carnet scientifique RussEurope, je n’avais aucune idée de l’importance qu’il allait prendre. Or, sa croissance a été réellement spectaculaire. Pendant la première année, la fréquentation (le nombre de connexions) est montée progressivement à 1500 par jour (après avoir connu une pointe à 3800 connexions/jour fin avril 2013). Ce résultat m’avait déjà étonné car je ne croyais pas avoir plus de 1000 connexions/jours (soit 30 000 par mois) compte tenu des sujets que je traitais et qui étaient assez spécialisés. Puis, le nombre de connexions a régulièrement augmenté jusqu’à atteindre 6300 connexions jours (environ 200 000 connexions/mois) en décembre 2014. C’est là que j’ai compris que mon carnet était devenu, que je le veuille ou non, un média en tant que tel.

J’avais remarqué que le lectorat du carnet réagissait aux événements internationaux, qu’il s’agisse de la crise en Ukraine et dans le Donbass ou, bien entendu, de la crise Chypriote et de la crise Grecque. En janvier-février 2015, à la suite des attentats de Paris (Charlie-Hebdo) mais aussi de la montée en puissance de la crise grecque, le lectorat a fait un bond, s’établissant à 7200-7500 connexions jours, pour atteindre des sommets en juin-juillet 2015 avec des pics à plus de 24000 connexions/jour. Le calme relatif de septembre-octobre a ramené la fréquentation autour de 6500 connexions/jour, mais à la suite des attaques terroristes de novembre 2015, de la déclaration de l’état d’urgence et des troubles politiques que l’on a connu au début de 2015, cette fréquentation est remontée vers les 8000 connexions/jour.

Aujourd’hui, en février 2017, suite à la manœuvre lancée par le journal Le Monde et visant à discréditer les sources alternatives d’information, ce que l’on appelle l’affaire « decodex », la fréquentation est en réalité montée en moyenne hebdomadaire de 9200 à 12000 connexions/jour avec, pour les 15 premiers jours de févriers, 8 pics de fréquentation au-delà de 10 000 et 2 pics au-delà de 15 000. Pour l’année 2016 il y a eu en moyenne 220 000 connexions par mois, provenant d’un lectorat régulier (identifié par l’IP de leur ordinateur) de 87000 personnes en moyenne par mois.

Il est donc clair que RussEurope a une audience qui va bien au-delà de ce que j’escomptais. Le fait que je publie sur le carnet en anglais (avec l’aide d’une traductrice, Mme de Grazia), en italien (avec l’aide de M. Ruzic), parfois en espagnol et en russe a certainement contribué à l’audience internationale du carnet. Mon lectorat est en principe francophone à 50% (France, Belgique, Suisse), puis viennent les Etats-Unis et la Grande Bretagne, puis l’Allemagne et l’Italie (où je sais par twitter que le carnet est suivi, et régulièrement traduit sur divers sites), puis en Russie.

Il me semble donc que mes lecteurs, et vous avez raison de dire « européens » et même au-delà, apprécient dans mon carnet les dimensions économiques et géopolitiques. Je pense néanmoins que ce que viennent chercher les lecteurs, ce sont plus mes analyses économiques, et bien entendu les conséquences politiques qui en découlent. Les questions géostratégiques sont bien entendu importantes, et j’y attache moi-même une grande importance, mais je n’ai pas le sentiment que ce sont elles qui attirent le plus grand nombre de lecteurs. De ce point de vue, je suis très fidèle à ce que j’avais écrit à l’ouverture de mon carnet, soit que je me concentrerai sur les questions économiques de la France, de l’Union européenne et de la Russie. D’où le nom du carnet : RussEurope.

Interview réalisée par Mohsen Abdelmoumen

 

Qui est le Dr. Jacques Sapir ?

Jacques Sapir est un économiste français expert de l’économie russe et des questions stratégiques, mais aussi un théoricien de l’économie de renommée internationale connu pour ses positions indépendantes. Il prône la souveraineté des nations et la démondialisation. Après s’être interrogé sur l’avenir de la zone euro et l’éventuelle nécessité pour la France de sortir de l’euro, il plaide désormais pour une dissolution de la monnaie unique. Il a été élu en octobre 2016 membre de l’Académie des Sciences de Russie en tant qu’étranger.

Diplômé de l’IEPP en 1976, Jacques Sapir a soutenu un Doctorat de 3ème cycle sur l’organisation du travail en URSS entre 1920 et 1940 (EHESS, 1980) puis un Doctorat d’État en économie, consacré aux cycles d’investissements dans l’économie soviétique (Paris-X, 1986).

Il a enseigné la macroéconomie et l’économie financière à l’Université de Paris-X Nanterre de 1982 à 1990, et à l’ENSAE (École nationale de la statistique et de l’administration économique, 1989-1996) avant d’entrer à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales en 1990. Il y est Directeur d’Études depuis 1996 et dirige le Centre d’Études des Modes d’Industrialisation (CEMI-EHESS). Il a aussi enseigné en Russie au Haut Collège d’Économie (1993-2000) et à l’Ecole d’Économie de Moscou depuis 2005.

Il dirige le groupe de recherche IRSES à la FMSH (Fondation Maison des sciences de l’homme), et co-organise avec l’Institut de Prévision de l’Economie Nationale (IPEN-ASR) le séminaire Franco-Russe sur les problèmes financiers et monétaires du développement de la Russie.

Il est l’auteur de nombreux ouvrages, tels que : Pays de l’est : vers la crise généralisée ?, Federop, Lyon, 1980 ; Travail et travailleurs en URSS, La Découverte, Paris, 1984 ; Le Système militaire soviétique, La Découverte, Paris, 1988 (Prix Castex en 1989) ; cet ouvrage a été publié en anglais en 1991, The Soviet Military System, Polity Press, Cambridge, UK ; L’Économie mobilisée, La Découverte, Paris, 1989 ; Les Fluctuations économiques en URSS, 1941-1985, Paris, Éditions de l’EHESS, 1989 ; Feu le système soviétique ?, La Découverte, Paris, 1992 ; Le Chaos russe, La Découverte, Paris, 1996 ; La Mandchourie oubliée : grandeur et démesure de l’art de la guerre soviétique, Éditions du Rocher, 1996 ; Le Krach russe, La Découverte, Paris, 1998 ; Les bases futures de la puissance militaire russe, Cirpes, Cahiers d’Etudes stratégiques, Paris, 1999 ;  Les Trous noirs de la science économique : essai sur l’impossibilité de penser le temps et l’argent, Albin Michel, Paris, 2000 (Prix Turgot en 2001) ; L’expérience soviétique et sa remise en cause, co-auteur avec Annie Badower et Thierry Crespeau, Bréal, Paris, 2000 ; (ru) K Ekonomitcheskoj teorii neodnorodnyh sistem – opyt issledovanija decentralizovannoj ekonomiki (Théorie économique des systèmes hétérogènes : essai sur l’étude des économies décentralisées), Éditions du Haut Collège d’économie, Moscou, 2001 (ouvrage original, non traduit en français) ; Les Économistes contre la démocratie, Albin Michel, Paris, 2002 ; L’Empire khazar : VIIe-XIe siècle, l’énigme d’un peuple cavalier, en collaboration avec Jacques Piatigorsky, Autrement, Paris, 2005 ; Quelle économie pour le XXIe siècle ?, Odile Jacob, Paris, 2005 ; La Fin de l’eurolibéralisme, Le Seuil, 2006 ; Le nouveau XXIe siècle, du siècle américain au retour des nations, Le Seuil, 2008 ;https://www.amazon.fr/transition-russe-vingt-ans-apr%C3%A8s/dp/2845451717 1940 – Et si la France avait continué la guerre…, Tallandier, 2010 ; coécrit avec Franck Stora et Loïc Mahé ; 1941-1942 et si la France avait continué la guerre… , 2014 ; La Démondialisation, Paris, Le Seuil, 2011 ; Faut-il sortir de l’euro ?, Paris, Le Seuil, 2012 ; La transition russe, vingt ans après, en collaboration avec V. Ivanter, D. Kuvalin et A. Nekipelov, Paris, éditions des Syrtes, 2012 ; Souveraineté, démocratie, laïcité, éditions Michalon, 2016, 326 pages.

Il tient une chronique économique hebdomadaire sur Radio-Sputnik

Son site web : RussEurope

Références

[i]  Voir J. Sapir, Les Trous Noirs de la Science Économique, Albin Michel, Paris, 2000.

[ii].B. Guerrien, L’économie néo-classique, La Paris, Découverte, coll. Repères, 1989.

[iii] Goodhart, C.A.E., “The Continuing Muddles of Monetary Theory: A Steadfast Refusal to Face facts”, paper presented to the 12th Conference of the Research Network macroeconomics and

Macroeconomic Policy, Berlin, Germany, October 31st – November 1st, 2008. C.A.E. Goodhart, “The Foundation of Macroeconomics: Theoretical Rigour versus Empirical realism”, paper presented at the Conference on the History of Macroeconomics, Louvain-la-Neuve, Belgium, January 2005

[iv] Mäki, U., « Contested modelling: The case of economics », in Models, Simulations, and the Reduction of Complexity, ed. U. Gähde, S. Hartmann and J.H. Wolf, Berlin / New York: Walter de Gruyter 2012

[v] Mirowski P., « How not to do things with metaphors: Paul Samuelson and the science of Neoclassical Economics », in Studies in the History and Philosophy of Science, vol. 20, n°1/1989, pp. 175-191. Pour une critique plus générale sur le modèle de scientificité de la physique appliqué à l’économie, P. Mirowski, More heat than light, Cambridge University Press, Cambridge, 1990.

[vi] Insel A., “Une rigueur pour la forme: Pourquoi la théorie néoclassique fascine-t-elle tant les économistes et comment s’en déprendre?”, in Revue Semestrielle du MAUSS, n°3, éditions la Découverte, Paris, 1994, pp. 77-94.

[vii] Voir, J. Sapir, « Calculer, comparer, discuter: apologie pour une méthodologie ouverte en économie », in Économies et Sociétés, série F, n°36, 1/1998, numéro spécial, Pour aborder le XXIème siècle avec le développement durable, édité par S. Passaris et K. Vinaver en l’honneur du professeur Ignacy Sachs, pp. 77-89.

[viii] F.A. Hayek, « Economics and knowledge », in F.A. Hayek, Individualism and Economic Order, University of Chicago Press, Chicago, 1948, pp. 36-56; première publication en 1937.

[ix] B.J. Caldwell, « Economic Methodology: Rationale, Foundation, Prospects », in U. Mäki, B. Gustafsson et C. Knudsen, (eds.), Rationality, Institutions & Economic Methodology, Routledge, Londres-New York, 1993, pp. 45-60. Idem, « Does Methodology matters? How should it practiced? », in Finnish Economic Papers, vol.3, n°1/1990, pp. 64-71

[x] Comme par exemple E.R. Weintraub, « Methodology doesn’t matter, but history of thought might », in S. Honkapohja, (ed.), Wither Macroeconomics?, Basil Blackwell, Oxford, 1989.

[xi] Comme c’est le cas avec D. McCloskey, The Rhetoric of Economics, University of Wisconsin Press, Madison, Wisc., 1985.

[xii] R. Hutchings, The structural origins of Soviet industrial expansion, Macmillan, Londres, 1984.

[xiii] J. Sapir, Fluctuations et cycles économiques en URSS, 1941-1982, Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris, 1989.

[xiv] O. Lange, « On the Economic Theory of Socialism », in Review of Economic Studies, vol. 4, n°1, 1936 (octobre) et n°2 (février 1937). Voir aussi A.P. Lerner, « A Note on Socialist Economies », in Review of Economic Studies, vol. 4, n°1, 1936, octobre. Idem, « Statics and Dynamics in Socialist Economies », in Economic Journal , vol. 47, juin 1937.

[xv] O.Lange, “The Role of Planning in a Socialist Economy”, in O.Lange, Papers in Economics and Sociology, PWN et Pergamon Press, Varsovie-Londres, 1970, pp. 101-102

[xvi] J. Sapir, « Action publique et agents privés: vers un modèle russe ? », in Revue d’études comparatives Est-Ouest, vol. 27, n°2, juin 1996, pp. 187-219.

[xvii] D.K. Rowney, Transition to technocracy – The structural origins of the Soviet Administrative State, Cornell University Press, Ithaca et Londres, 1989 ; S. Sternheimer, « Administration for the development : the emerging bureaucratic elite, 1920-1930 », in W. McKenzie Pintner et D.K. Rowney (eds.), Russian Officialdom – The bureaucratization of Russian society from the seventeenth to the twentieth century, The University of North Carolina Press, Chapell Hill, N.C., 1980.

[xviii] A. Gerschenkron, « Russia : Patterns and Problems of Economic Development, 1861-1958 », in A. Gerschenkron, Economic Backwardness in Historical Perspective – A Book of Essays, The Belknap Press of Harvard University Press, Cambridge, Mass., 1962, pp. 119-151 ; T. Shanin, Russia as a developping society, Macmillan, Londres, 1985.

[xix] M. Lewin, La formation du système soviétique, Gallimard, Paris, 1987.

[xx] A. Gerschenkron, « Russia : Patterns and Problems of Economic Development, 1861-1958 » op. cit.

[xxi] O. Khakhordine, « L’éthique corporatiste, l’éthique du ‘samostojatel’nost’ et l’esprit du capitalisme : réflexions sur la création du marché en Russie post-soviétique », in Revue d’Études Comparatives Est-Ouest, vol. 25, n°2, juin 1994, pp. 27-56

[xxii] Voir, Iz istorij magnitogorskogo metalurgitcheskogo kombinata i goroda Magnitogorska (1929-1941gg) : sbornik dokumentov i materialov, Magnitogorsk, 1965. J. Scott, Au-delà de l’Oural, Marguerat, Genève, 1945 ; un témoignage identique sur les usines de Léningrad se trouve dans A. Smith, J’ai été ouvrier en URSS, Plon, Paris, 1938.

[xxiii] É. Durkheim, Règles de la méthode sociologique, PUF, Paris, 1952, 15ème édition.

[xxiv] M. Lewin, La formation du système soviétique, op. cit..

[xxv] Voir, J. Hirschmeier, The origins of Entrepreneurship in Meïji Japan, Harvard University Press, Cambridge, Mass., 1964 ; J.W.Bennet et I. Ishino, Paternalism in the Japanes Economy : Anthropological Studies of Oyabun-Kobun Patterns, University of Minnesota Press, Minneapolis, Minn., 1963 ; G. Ranis, « The community-Centered Entrepreneur in Japanese Development », in Explorations in Entrepreneurial Historyvol.III, n°2, décembre 1955 ; M.Y. Yoshino, Japan’s Managerial System-Tradition and Innovation, MIT Press, Cambridge, Mass., 1968.

26 Sapir J., La Démondialisation, Paris, Le Seuil, 2011.

27 Sapir J., Souveraineté, Démocratie, Laïcité, Paris, Michalon, 2016.

28 Voir Sachs J., A. Warner, « Economic Reform and The Process of Global Integration », Brookings Paper on Economic Activity, n° 1, 1995, p. 1-118

29 Sapir J., « Le vrai sens du terme. Le libre-échange ou la mise en concurrence entre les Nations » in D. Colle (dir), D’un protectionnisme l’autre. La fin de la mondialisation ?, Puf, « Major », 2009.

30 P. Bairoch, R. Kozul-Wright, « Globalization Myths: Some Historical Reflections on Integration, Industrialization and Growth in the World Economy », Discussion Paper, n° 113, Genève, UNCTAD-OSG, mars 1996.

31 F. Rodriguez, D. Rodrik, « Trade Policy and Economic Growth: A Skeptics Guide to the Cross-National Evidence », in B. Bernanke, K. Rogoff (dir.), NBER Macroeconomics. Annual 2000, Cambridge (MA), MIT Press, 2001

32 Oman C., Policy Competition for ForeignDirect Investment, OCDE, Centre du Développement, Paris, 2000. Voir aussi, L. Zarsky, « Stuck in the Mud? Nation-States, Globalization and the Environment » in K.P. Gallagher et J. Wierksman (edits.) International Trade and Sustainable development, Earthscan, Londres, 2002, pp. 19-44.

33 F. Ackerman, The Shrinking Gains from Trade: A Critical Assessment of Doha Round Projections, Global Development and Environment Institute, Tufts University, WP n° 05-01. Voir aussu « Doha Round and Developing Countries: Will the Doha deal do more harm than good » RIS Policy Brief, n°22, avril 2006, New Delhi.

34 Bivens J., “Globalization, American Wages, and Inequality” Economic Policy Institute Working Paper, Washington DC, 6 Septembre, 2007. Mishel L., Gould E et Bivens J., « Wage stagnations in 9 charts », Economic Policy Institute, Washington DC, 6 janvier 2015.

35 H.-J. Chang, « The Economic Theory of the Developmental State » in M. Woo-Cumings (dir.), The Developmental State, Ithaca, Cornell University Press, 1999 ; Kicking away the Ladder: Policies and Institutions for Development in Historical Perspective, Londres, Anthem Press, 2002.

36 D. Rodrik, « What Produces Economic Success?  » in R. Ffrench-Davis (dir.), Economic Growth with Equity: Challenges for Latin America, Londres, Palgrave Macmillan, 2007. Voir aussi, du même auteur, «After Neoliberalism, What?», Project Syndicate, 2002 (www.project-syndicate.org/commentary/rodrik7 ).

37 Jean-Jacques Mevel in Le Figaro, le 29 janvier 2015, Jean-Claude Juncker : « la Grèce doit respecter l’Europe ». http://www.lefigaro.fr/international/2015/01/28/01003-20150128ARTFIG00490-jean-claude-juncker-la-grece-doit-respecter-l-europe.php Ses déclarations sont largement reprises dans l’hebdomadaire Politis, consultable en ligne : http://www.politis.fr/Juncker-dit-non-a-la-Grece-et,29890.html

38 Evans-Pritchards A., « European ‘alliance of national liberation fronts’ emerges to avenge Greek defeat », The Telegraph, 29 juillet 2015, http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11768134/European-allince-of-national-liberation-fronts-emerges-to-avenge-Greek-defeat.html

[xxxix] Voir « Le texte de Fassina », note postée sur le carnet RussEurope le 24 août 2015, http://russeurope.hypotheses.org/4235

[xl] Sapir J., « Sur la logique des Fronts », note postée sur le carnet RussEurope, le 23 août 2015, http://russeurope.hypotheses.org/4232

[xli] Baker D., « The Trump Stimulus and the Money Obama Left on the Table » in http://cepr.net/publications/briefings/testimony/the-trump-stimulus-and-the-money-obama-left-on-the-table

[xlii] Weisbrot M., « NAFTA Has Harmed Mexico a Lot More than Any Wall Could Do » in http://cepr.net/publications/op-eds-columns/nafta-has-harmed-mexico-a-lot-more-than-any-wall-could-do

[xliii] http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/01/05/97002-20170105FILWWW00337-toyota-a-son-tour-etrille-par-trump.php et http://www.lefigaro.fr/societes/2017/01/08/20005-20170108ARTFIG00157-l-industrie-automobile-americaine-dans-l-oeil-du-cyclone-trump.php

Published in English in American Herald Tribune, March 15, 2017: http://ahtribune.com/economy/1559-jacques-sapir.html

In Oximity: https://www.oximity.com/article/Le-Dr.-Jacques-Sapir-La-lutte-pour-la-1

In Palestine Solidarité: http://www.palestine-solidarite.org/analyses.mohsen_abdelmoumen.160317.htm

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