Noureddine Boukrouh : « L’Algérie se trouve actuellement à la croisée des chemins »

Publié le par Mohsen Abdelmoumen

Noureddine Boukrouh. DR.

Noureddine Boukrouh. DR.

Mohsen Abdelmoumen : Votre livre « L’islam sans l’islamisme : vie et pensée de Malek Bennabi » est un livre pertinent et nécessaire pour comprendre l’islam et l’islamisme. Selon vous, peut-on dire que l’islamisme est la négation de l’islam ?

Noureddine Boukrouh : Il fut un temps, du XVIIIe au XXe, où ces deux mots étaient des synonymes dans les langues européennes parce qu’ils désignaient une seule et même chose, la religion de l’islam.

Dans la langue arabe, le mot « islamisme » n’existait pas parce qu’il n’avait pas de raison d’être. L’islam était à peu de choses près partout le même et, plus important encore, les musulmans ne s’entretuaient pas pour des raisons religieuses quels qu’aient été leurs clivages : ethniques ou doctrinaux (sunnites-chiites, sunnites entre eux…). Son apparition est récente sous des déclinaisons comme « ouçouliya » (fondamentalisme), « salafiya » (orthodoxie liée en particulier au hanbalisme, la plus rigoriste des quatre écoles juridiques sunnites les plus connues), ou « islamawiya » qui est un terme composé de la racine « islam » et de l’équivalent arabe du suffixe « isme » qui révèle la tendance à l’hégémonisme, à la suprématie, au totalitarisme…

L’adoption d’un terme consensuel et unique demeure problématique, mais les musulmans ont fini par admettre la réalité de la nuance entre les deux mots et l’existence effective en leur sein d’un courant théologique et politique tendant à réduire l’islam à lui-même, à l’enfermer dans sa lettre et son histoire originelle, à en faire presque une religion ethnique ayant son centre de gravité dans la péninsule arabique. Depuis, ils cherchent comment isoler ce courant du reste de l’islam historique, de l’islam coranique qui est par essence ouvert, éclairé, tolérant et tourné vers le bien du genre humain.

Partant de là, on peut en effet conclure que l’islamisme qui veut inscrire l’islam dans une opposition frontale avec le reste du monde, avec les autres cultures, civilisations et religions, qui rejette les apports de l’humanité à l’histoire, à la science et au mode de gestion démocratique des nations, est une négation de l’esprit coranique.

J’ai donné ce titre générique à mon livre sur le penseur algérien Malek Bennabi (1905-1973) pour le situer d’emblée dans la pensée islamique contemporaine où sont mêlés tous ceux qui ont écrit sur l’islam, qu’ils appartiennent à l’islam ou à son premier adversaire, l’islamisme, qu’incarne aujourd’hui dans toute son horreur « DAESCH ».

Bennabi est l’homme qui citait dans ses premiers ouvrages à la fin des années 1940 le livre de Wendell Wilkie (1892-1944), « Le monde est un » et qui, dès qu’il a commencé à écrire, a placé le destin de l’islam dans le processus de mondialisation du monde, de l’économie, du savoir et des valeurs humaines.

Pourquoi n’y a-t-il pas une pensée critique dans le monde musulman ?

À toutes les époques de l’histoire de l’islam, en dehors de la période de décadence et de l’occupation étrangère où régnait un silence sépulcral (du XIVe au XIXe siècle), sont apparus en très petit nombre, ici ou là dans le monde musulman, des cerveaux qui ont eu le courage d’affronter le rigorisme de l’orthodoxie et ont appelé à la « réouverture des portes de l’ijtihad », autrement dit l’introduction de la rationalité et de l’esprit critique dans la réflexion sur l’état de l’islam, sa situation intellectuelle, politique, sociale, économique et culturelle, et les perspectives de son retour à l’histoire active.

Ces hommes ont entretenu la flamme de la liberté de pensée au temps des Mûtazilites (VIIIe-XIIIe siècle), de l’esprit critique au temps d’Ibn Khaldoun (XIVe siècle), du renouveau et de la renaissance (Nahda) entre le XVIII et le XXe siècle, jusqu’à nos jours avec les courants appelés « tanwiriste » (philosophie des Lumières) et coranistes (recherche sur les signifiants fondamentaux du Coran en dehors de l’exégèse traditionaliste) dans lesquels je me reconnais.

En ce début de troisième millénaire le contexte est devenu, grâce aux réseaux sociaux, favorable à l’interconnexion des efforts intellectuels apparaissant dans les pays arabo-musulmans et à leur amplification qui peut donner lieu à la formation d’un courant de pensée structuré comme les ruisseaux, rivières et fleuves se déversant dans un même confluent.

L’intellectuel américain, le Dr. Kevin Barrett, nous disait dans une récente interview que le penseur algérien Malek Bennabi était l’un des penseurs-clés de la renaissance islamique. Vous qui êtes son disciple le plus connu, celui qui a le plus écrit sur lui dans le monde et qui avez reçu des mains de sa famille et héritiers son journal intime, ses manuscrits et ses ouvrages inédits, que pensez-vous de cette déclaration ?

Je connaissais déjà deux intellectuels américains, le professeur Allan Christellow de l’université d’Idaho qui m’a fait l’honneur de préfacer mon livre « L’islam sans l’islamisme », et le révérend David Johnston. Je les ai d’ailleurs fait connaître entre eux par correspondance.

Un curieux hasard a fait que tous les deux ont découvert Malek Bennabi par hasard, mais en relation avec moi : M. Christellow en achetant en 1972 un magazine où je publiais des extraits de l’œuvre de Bennabi, et M. Johnston en achetant en 1976 un livre de Bennabi que je venais d’éditer en l’accompagnant d’une préface et de notes.

En ce qui me concerne, j’ai découvert les écrits de Christellow en 1992, et fait la connaissance du pasteur-universitaire en 2003 à Alger. Ce dernier m’a envoyé un an plus tard une copie de son exposé devant la conférence annuelle de l’« American Academy of religion » intitulé « Les frontières indistinctes entre les mouvements réformiste et islamiste : les pensées de Malek Bennabi et de Rachid Ghanouchi sur la civilisation ». Ghanouchi, que j’ai connu à Alger au début des années 1990, tient ses idées sur la civilisation en totalité de Bennabi ainsi qu’il le revendique publiquement.

J’aimerais bien que le Dr Kevin Barrett se penche sur les publications du Dr Christellow, il y trouvera la confirmation de son jugement sur Bennabi qui, un an avant sa mort, avait fait une tournée de conférences aux Etats-Unis. Parmi les études réalisées par Allan Christellow je peux citer : « Un humaniste musulman du XXe siècle, Malek Bennabi » in « The Maghreb Review », 1992 ; « Malek Bennabi et les frontières culturelles de l’ère globale » (Colloque international sur la pensée de Malek Bennabi, Alger, octobre 2003) : « Malek Bennabi et deux visions mondiales anglophones : les cas de Arnold Toynbee et Wendell Wilkie », septembre 2005).

J’ajouterais à la déclaration du Dr Barrett que la particularité de Bennabi ne réside pas dans la « renaissance islamique ». Il est l’unique penseur musulman de tous les temps à avoir exclu une renaissance du monde musulman « en vase clos », en tant qu’ensemble spirituel, humain, culturel, politique ou économique, mais en la plaçant dans une dynamique historique qui n’a pas encore vu le monde dans sa plénitude, c’est-à-dire un processus d’intégration humaine sur tous les plans, y compris spirituel, intellectuel et culturel, ce qui est autrement plus difficile à réaliser que l’intégration géographique, économique et politique. Voilà ce que personne n’a encore saisi dans la pensée de cet homme et que j’ai essayé d’expliquer dans mon livre sur lui.

Bennabi n’est-il pas un éternel incompris, un visionnaire qui a devancé son temps ? Pourquoi les Algériens préfèrent-ils les ulémas de palais, les charlatans des télé-poubelles, plutôt que la pensée critique et clairvoyante d’un homme comme lui ?

Je viens de vous donner la raison pour laquelle ce visionnaire qui a vu ce que la pensée humaine n’a encore imaginé nulle part dans le monde et à aucune époque de l’histoire, n’a été, ne pouvait être compris ni par la pensée universelle qui l’ignore, ni par les intellectuels musulmans qui ne peuvent se représenter la perspective dans laquelle il se place. Car il est le théoricien non pas de la « renaissance islamique », mais de la renaissance humaine dans son universalité.

Je crois que lui-même avait peur de l’ampleur de sa vision et qu’il l’a « adoucie », « camouflée » pour ne pas effaroucher ses contemporains et s’exposer à l’ostracisme. Moi-même en découvrant l’étendue dans les notes figurant dans son journal intime (les carnets) j’en ai eu le vertige. Cet homme qui est mort il y a près d’un demi-siècle a encore un demi-siècle au moins d’avance sur la pensée humaine dans son ensemble.

Comment expliquez-vous que des siècles après l’avènement de l’islam le monde musulman soit devenu la maison de la guerre (« Dar al-Harb ») et que des pays entiers soient menacés de disparition ?

Je crois que des formules comme « le monde musulman », « l’islam » et « le monde arabe » dont ont usé et abusé le langage courant et les études académiques et orientalistes jusqu’ici ne valent plus et ne correspondent plus à la réalité qu’on découvre plus nuancée qu’il n’y paraissait.

Le « monde musulman » n’a presque jamais existé comme ensemble politique et religieux uni, centralisé, homogène ou fédéré à l’image des États-Unis d’Amérique par exemple. Sur le plan religieux, il s’est divisé en sunnisme et chiisme un quart de siècle à peine après la mort du Prophète.

Sa capitale politique n’a cessé ensuite de se déplacer au fil des luttes intestines pour le pouvoir, passant de l’actuelle Arabie saoudite (Médine) au temps des quatre premiers califes, à Damas avec la dynastie omeyyade, puis à Bagdad avec la dynastie abbasside avant de se fragmenter en plusieurs califats et dynasties non-arabes géographiquement éloignés et autonomes les uns des autres (Mongolie, Chine, Egypte, Afrique du nord, Espagne, Iran, Turquie, Asie centrale, Afrique noire, sous-continent indien…). Puis, enfin, à Istanbul avec la dynastie ottomane.

Le monde arabe n’est pas moins hétérogène, comprenant des Arabes proprement dits dans la Péninsule arabique, des Amazighs en Afrique du Nord, des Kurdes en Turquie, Iran, Syrie et Irak, des Druzes au Liban, des Noirs en Afrique, et aussi des religions autres que l’islam (diverses branches du christianisme et autres dérivés de l’islam…).

Le colonialisme, l’impérialisme et les deux guerres mondiales ont donné à l’ancien « monde musulman » le visage qu’il avait à la fin du XXe siècle, c’est-à-dire une cinquantaine de pays où l’islam est majoritaire mais que ne rassemblent ni des positions communes en matière de politique internationale, ni des projets d’union économique à l’image de l’Union européenne. Le plus petit dénominateur commun qui restait à ces pays, c’était la culture religieuse traditionnelle, non renouvelée depuis mille ans et charriant une vision du monde obsolète. Elle était entretenue par les universités islamiques du monde arabe, principalement l’Égypte (al Azhar) et l’Arabie Saoudite.

C’est de ce résidu culturel qu’est né l’islamisme dans la première moitié du XXe siècle avec les écrits de l’Indo-pakistanais Mawdudi et de l’Egyptien Sayyid Qutb qui lui ont donné les apparences d’une conception du monde nouvelle s’appliquant à la politique, à l’économie et au « way of life », et capable de restaurer le « monde musulman » dans son ancienne grandeur. Mais pour cela, il fallait prendre le pouvoir.

Voilà comment s’est formé, en grossissant comme les ouragans et les typhons et en balayant un pays après un autre, le fléau idéologique qui a précipité les pays musulmans dans un engrenage d’autodestruction qui a enrayé les acquis mentaux, intellectuels et sociaux difficilement conquis au cours du XXe siècle. Le retour au religieux pour interpréter le présent et élaborer les solutions du futur ne pouvait que réveiller les querelles religieuses apparues à l’aube de l’islam entre sunnites et chiites, entre Arabes et Perses.

Tant et si bien que le « monde musulman » est effectivement devenu une zone de guerres civiles où plusieurs pays ont déjà été gravement affaiblis selon des modalités différentes mais visant toutes à leur destruction : Irak, Syrie, Libye, Somalie, Afghanistan, Pakistan, Mali, Nigeria., et peut-être de nouveau l’Egypte et l’Algérie dans l’avenir.

Que pensez-vous de cette dialectique qui établit l’évidence que ce sont les dirigeants politiques qui sont les artisans de l’échec dans les pays musulmans, échec qui a ouvert la voie à l’intervention étrangère ? Les dirigeants arabo-musulmans ne sont-ils pas les alliés objectifs de leurs ennemis ?

Les premiers États-nations qui se sont formés dans l’histoire sont apparus en Europe et sont le fruit d’un processus de mutations intellectuelles provoquées par de nouveaux ferments comme la Renaissance, la Réforme, l’humanisme, le cartésianisme, la philosophie des Lumières et la notion des « droits de l’homme » créée par Thomas Payne (1737-1802) qui a été l’inspirateur de la révolution américaine et de la révolution française à la fin du XVIIIe siècle et auxquelles il a personnellement pris part. L’Amérique doit beaucoup à cet homme (un Britannique) et à son livre, « The common sense », alors que la France lui doit sa fameuse « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ».

Les pays musulmans sont revenus à l’histoire au XXe siècle sans avoir réalisé aucune mutation intellectuelle ou culturelle, se contentant de plaquer sur leur ancienne culture les idéologies libérales ou marxistes qui étaient alors en vogue dans le monde. Monarchies rétrogrades et républiques soi-disant progressistes ont entrepris de développer leurs pays sur le plan matériel, économique et militaire sans toucher à la psychologie, à l’esprit et aux valeurs sociales de leurs peuples. Les dirigeants, familles régnantes ou juntes militaires, ont improvisé des États en copiant les Occidentaux, sans penser à en couler les fondations dans l’âme de leurs peuples, sans forger en eux les valeurs civiques et citoyennes qui les prémuniraient et les immuniseraient contre des intrusions idéologiques néfastes.

Lorsque Mawdudi et Sayyed Qotb pour le sunnisme, et l’ayatollah Khomeiny pour le chiisme, théorisèrent l’idéologie islamiste et en firent une technique de prise du pouvoir par tous les moyens, celle-ci ne tarda pas à emporter les faux États modernes bâtis en Iran (1978), en Afghanistan (1979), en Somalie (1990), en Algérie (1992), en Tunisie, en Egypte, en Libye, en Syrie et au Yémen (2011), sans parler de l’Irak, de la Turquie et du Liban. Il est remarquable que ce sont les républiques dites progressistes qui ont été touchées par l’islamisme, et non les monarchies moyenâgeuses.

Le discours islamiste a réussi à discréditer et à saper les dynamiques de développement national qui étaient suivies dans ces pays en leur reprochant d’aller à l’encontre des « valeurs islamiques ». Malheureusement, ces dynamiques étaient conduites par des dirigeants incompétents, despotiques et corrompus qui prêtaient idéalement le flanc à cette critique systémique.

Pour mieux protéger l’islam et les musulmans, ne faudrait-il pas mettre des frontières entre les théologiens (les « ulémas ») et les politiciens et hommes de pouvoir, qu’ils soient rois ou présidents ?

Là est le problème car on constate avec le recul que ni la laïcité préconisée par l’idéologie baathiste (Irak-Syrie), ni les politiques de libéralisation à l’occidentale menées en Turquie (Atatürk), en Iran (Pahlavi), en Tunisie (Bourguiba), ni les politiques « révolutionnaires » suivies en Egypte (Nasser), en Algérie (Boumediene) et en Libye (Kadhafi), n’ont donné de résultats satisfaisants. Seules ont réchappé les monarchies archaïques et réactionnaires. Est-ce un paradoxe ?

Non, de mon point de vue, le problème a été mal posé dès le départ, avant même l’accession des pays musulmans au statut de nations-États, et il le reste jusqu’au moment où nous discutons vous et moi.

Il est une constante dans les monarchies arabo-musulmanes que le pouvoir est réparti entre la famille régnante et les ulémas. Les premiers s’occupent de politique, et les seconds des âmes. Cette complicité entre le sabre et le « ilm » (savoir religieux) a protégé les systèmes monarchiques de la contestation sociale et politique parce qu’ils sont censés être conformes à l’archétype islamique, alors que dans les régimes dits progressistes, la religion a été éloignée des affaires publiques et abandonnée à la rue qui s’en est emparée pour la retourner contre le pouvoir.

Les pays musulmans devaient produire leur propre « laïcité », avec leurs outils cognitifs, en tenant compte des résonances culturelles et psychologiques des idées et des mots, mais ils ne l’ont pas fait car ils n’ont pas trouvé à ce jour le chemin intellectuel qui y mène, le trou de souris par lequel passer.

Vous vous inscrivez dans une lignée de réformateurs constituée principalement de Mohamed Abdou, Abderrahman al-Kawakibi, Ali Abderraziq et Malek Bennabi. Que doit-on comprendre de l’expression « réforme de la weltanschauung islamique » récurrente dans vos écrits, et qu’apporte-t-elle de nouveau au juste ?

C’est ce à quoi je faisais allusion à l’instant justement : le chemin, le trou de souris, la piste qui n’a pas encore été trouvée par la pensée islamique ancienne ou contemporaine pour réaliser la réforme de l’islam, je veux dire la transmutation des valeurs islamiques et leur adaptation au sens du monde, à la poursuite de l’histoire humaine.

Dans mon livre « L’islam sans l’islamisme », j’ai montré la filiation intellectuelle existant entre les quatre hommes malgré des nuances dans leurs pensées respectives. Des quatre, seul Bennabi n’est pas le produit du savoir religieux traditionnel, d’où une plus grande audace chez lui et un horizon universel.

« Les caractères du despotisme » écrit par al-Kawakibi a certainement influencé Abderrazik dans l’inspiration qui l’a conduit à écrire « L’islam et les fondements du pouvoir », comme « Rissalat at-Tawhid » a marqué Bennabi qui y fait référence dans son ouvrage central, « Vocation de l’islam ».

Ces quatre penseurs ont beaucoup souffert, ils ont été persécutés, emprisonnés, exilés, et l’un d’entre eux est mort assassiné (al-Kawakibi) parce qu’ils luttaient contre un courant trop fort, celui de l’alliance entre le pouvoir et les ulémas qui défendre un intérêt commun vital pour eux : le maintien des peuples dans des conceptions fatalistes pour mieux les instrumentaliser et les éloigner de l’esprit critique qui peut tourner à la contestation de leur pouvoir.

C’est en étudiant leurs œuvres pendant des décennies que j’ai découvert la  piste sur laquelle je travaille depuis quelques années et dont le but est de proposer une méthode de rénovation complète de la pensée islamique, de sa représentation du monde, de sa « weltanschauung ».

Mahathir bin Mohamad, surnommé Docteur M, ancien Premier ministre de la Malaisie et qui s’est notoirement inspiré de la pensée de Malek Bennabi, a dit un jour « Quand je veux prier, je me tourne vers la Mecque et quand je veux développer le pays, je me tourne vers le Japon ». Pourquoi les dirigeants algériens sont-ils tournés vers le néant ? Pourquoi Malek Bennabi est-il respecté partout sauf dans son pays et pourquoi, en Algérie, méprise-t-on nos savants et nos intellectuels ?

Ce que je sais du lien souvent fait entre les idées de Malek Bennabi et les succès économiques réalisés par la Malaisie, c’est qu’entre avril 1956 et juillet 1963 Bennabi vivait au Caire et qu’il animait chez lui des séminaires auxquels assistaient des étudiants de diverses nationalités, dont un groupe de Malaisiens dont pourrait avoir fait partie le futur Premier ministre Mohamed Mahathir ou des amis proches de lui qui lui en auraient parlé par la suite, sans être en état de vous fournir des éléments de preuve dans un sens ou l’autre. Je crois savoir aussi qu’un colloque sur la pensée de Bennabi a été organisé dans les années 1990 à Kuala Lumpur.

Ce que je peux dire aussi, c’est que la citation que vous évoquez recoupe parfaitement par son esprit les propres vues de Bennabi dont les références à l’expérience japonaise abondent dans son œuvre. Il a confronté la renaissance civilisationnelle réussie du Japon (Meïji) à l’échec désolant de la renaissance musulmane (Nahda) alors qu’elles se sont déclenchées presque au même moment, dans les années 1860, et en a tiré des conclusions pour se replacer dans l’axe des solutions.

Il est un fait auquel il faut réfléchir c’est pourquoi ces pays, qu’ils soient musulmans ou non, ont réussi, alors qu’aucun pays arabe (si l’on devait retirer le facteur représenté par le pétrole) n’a réussi sa renaissance. Ils ont certes créé certaines apparences de richesse dans leurs pays, mais pas le développement humain et durable. Car il n’y a pas que la Malaisie, le succès a touché d’autres pays de la région comme Singapour, Hong Kong, la Chine, la Corée du sud,  l’Indonésie, etc.

Revenons à la question de l’islamisme. Tous les pays occidentaux et leurs services de renseignement sont préoccupés par le radicalisme islamique, et notamment par les djihadistes revenus des zones de combat en Syrie et en Irak comme ce fut le cas en Algérie avec le retour des djihadistes algériens partis combattre en Afghanistan contre l’URSS dans les années 80 et qui ont semé la terreur en Algérie pendant la « décennie noire ». L’expérience algérienne dans la lutte antiterroriste n’est-elle pas une clé pour les pays occidentaux afin de mieux comprendre les returnees (les terroristes occidentaux partis combattre en Syrie) ?

C’est possible, mais à deux conditions. Premièrement que cette expérience et cette clé servent d’abord à protéger l’Algérie et les Algériens qui sont loin d’en avoir fini avec le terrorisme puisque deux attentats-suicides revendiqués par « Daech » ont eu lieu ces dernières semaines dans une ville de l’est et une autre de l’ouest. Deuxièmement, que les services de renseignement algériens et les autres parties prenantes au problème (enquêteurs, magistrats, avocats, criminologues, sociologues, journalistes spécialisés, etc..) se soient intéressés au versant psychologique et intellectuel du radicalisme islamiste et du terrorisme et qu’ils en aient tiré les enseignements permettant d’affiner leurs stratégies et tactiques pour l’extirper du cerveau de candidats potentiels.

Je crois que ce volet a été négligé par les services en charge de la lutte contre le terrorisme à travers le monde qui, bien sûr, doivent faire face à l’urgence, aux effets, à l’aspect opérationnel, mais ils ne parviendront jamais à l’éradiquer tant qu’ils n’auront pas neutralisé ses causes qui sont religieuses, intellectuelles, culturelles et accessoirement politiques, sociales et économiques. La solution selon moi est dans la piste dont je vous ai parlé, dans le trou de souris par où passer pour réaliser la transformation et la pacification de la vision islamique du monde. On en reparlera ensemble, je l’espère.

L’Algérie n’a pas de président en ce moment alors qu’elle est en pleine crise économique. Le lobby de l’argent qui s’est formé autour du frère cadet du président (Saïd Bouteflika) et son ami, l’homme d’affaires Ali Haddad, ne représente-t-il pas une menace pour l’Algérie ? Surtout après le renvoi il y a quelques semaines d’un Premier ministre, moins de trois mois après sa nomination, qui voulait « séparer l’argent de la politique ». L’évènement a choqué le pays et vous a incité à rédiger plusieurs articles virulents contre la présidence et l’Armée au sujet de laquelle vous avez écrit qu’« elle était devenue l’Armée du président », ce qui vous a valu un lynchage médiatique et une réponse officielle du ministère de la Défense…

L’Algérie se trouve actuellement à la croisée des chemins. Elle peut aller vers le meilleur comme elle peut sombrer dans le pire. Le meilleur proviendrait d’une alternative à l’impasse politique et économique qui a résulté de l’insistance du président Bouteflika à ne pas quitter le pouvoir alors qu’il n’a plus les moyens physiques et intellectuels de l’exercer.

C’est en pensant à cette issue que j’ai écrit dernièrement quelques articles dans lesquels je demandais aux anciens militaires qui ont ramené cet homme et l’ont imposé au pays pendant bientôt vingt ans de le convaincre par les voies de la sagesse à se retirer ou, à tout le moins, à ne pas postuler pour un cinquième mandat en 2019.

C’est en observant les conditions scandaleuses dans lesquelles il a renvoyé un Premier ministre parce qu’il s’était accroché avec un patron proche du palais présidentiel que j’ai écrit ces articles justement. Depuis, je subis des attaques violentes et ordurières ordonnées par la présidence et exécutées par le Premier ministre et son parti qui vient de demander publiquement et officiellement à la justice de me poursuive et de me punir pour me faire taire.

Vous estimez que l’armée qui a installé Bouteflika en 1999 doit se situer dans le processus de sortie de crise, et non couvrir un régime finissant. D’autres acteurs de l’opposition pensent que l’institution militaire doit piloter une période de transition et amorcer ainsi un début de sortie de l’impasse politique dans laquelle se trouve l’Algérie…

L’armée algérienne représente la colonne vertébrale du pays et de l’État parce que le pouvoir n’a jamais voulu émanciper la société et l’entraîner à participer à la vie politique et électorale. Ces dernières années, Bouteflika a opéré d’importants remaniements au sein de l’armée et placé sous sa coupe directe les services de renseignements pour les utiliser à se maintenir au pouvoir alors qu’il n’en a plus les moyens physiques ou mentaux.

Il a verrouillé le pays dans une non-gestion et une absence de gouvernance au moment où l’État est fragilisé par la perte de plus de la moitié de ses ressources d’exportation qui proviennent du pétrole.

Le nouveau Premier ministre vient de déclarer que le déficit du budget de l’État a atteint un niveau tel qu’il ne pourra pas payer les salaires du mois de novembre. Qu’arriverait-il alors ? Ce serait le chaos. Et qui fera face à ce chaos ? Forcément la police et l’armée, comme actuellement au Venezuela.

Je ne suis pas et n’ai jamais été partisan du coup d’État militaire, mais il est impossible de nier que l’armée a une grande responsabilité dans le maintien du pouvoir finissant de Bouteflika qui persiste à vouloir encore rester après la fin de son mandat en 2019. Elle ne peut pas ignorer que la détérioration de la situation économique aura des conséquences sur le plan social et politique.

Comment imaginez-vous le processus politique qui mènerait l’Algérie vers un État de droit ?

Depuis son accession à l’indépendance, l’Algérie est demeurée constamment sous l’emprise d’un pouvoir despotique. Sur les six chefs d’État qui l’ont dirigée, un seul est parti de son plein gré, deux ont été renvoyés par l’armée, un est mort de mort suspecte, un a été assassiné et le sixième a perdu ses fonctions motrices et intellectuelles mais ne veut pas quitter le pouvoir.

Le temps est venu pour l’Algérie de se libérer du despotisme et de se reconstruire sur des valeurs démocratiques. Quelque chose est en train de bouger dans la conscience du peuple qui est fatigué des échecs du pouvoir et rêve d’une vie politique et économique régie par des paramètres rationnels.

Si le président ne veut pas démissionner et donner leur chance aux Algériens de partir d’un nouveau pied, on est obligé d’attendre l’échéance de la prochaine élection présidentielle en avril 2019. Mais cette fois, il faudra que l’élection soit sincère et transparente.

Les puissances occidentales ont-elles intérêt à continuer à soutenir le régime des frères Bouteflika, de plus en plus impopulaire ? Ne jouent-ils pas elles avec le feu en cautionnant l’impasse politique en Algérie, un pays qui risque de s’effondrer avec des conséquences telles que le flux migratoire et le terrorisme sans frontières ? N’y a-t-il pas un risque de déstabilisation du bassin méditerranéen, voire du monde ?

Les puissances occidentales ont d’importantes responsabilités dans la destruction de plusieurs pays soit parce qu’elles en soutenaient les dirigeants contre leurs peuples, soit parce qu’elles ont voulu imposer des dirigeants à ces peuples.

Chez elles, elles croient à la souveraineté populaire et à la démocratie, mais chez les autres elles s’accommodent de régimes dictatoriaux et corrompus avec qui elles font des affaires jusqu’à ce que des troubles ou des révolutions éclatent. On dit depuis longtemps que l’Algérie est la « chasse gardée » de la France dans le partage des zones d’influence, ce qui ne plaît pas aux Algériens qui tiennent à leur indépendance de toute influence extérieure même si le pouvoir fait tout pour complaire aux puissances qui comptent.

Personnellement je suis contre toute influence extérieure visant à soutenir le régime ou à encourager une révolte populaire. Si l’Algérie venait à connaître de nouveaux troubles, évidemment qu’il y aura des répercussions sur les pays du bassin méditerranéen. J’espère qu’on n’y arrivera pas car l’Algérie possède tous les atouts pour devenir une grande nation. Ce sont ses dirigeants qui n’ont jamais été à la hauteur.

Votre expérience de ministre dans plusieurs secteurs a-t-elle été une plus-value dans votre parcours, ou bien en concluez-vous que la participation à un gouvernement dans un pays comme l’Algérie n’est d’aucune utilité, les décisions importantes se prenant ailleurs, dans d’autres sphères ?

J’ai occupé au sein du Gouvernement pendant les cinq années que j’y ai passé des postes économiques et je suis satisfait de l’expérience acquise et de ce que j’ai appris surtout en matière de négociations multilatérales. Comme dans tous les gouvernements du monde, je suppose, toutes les décisions ne se prennent pas en conseil de gouvernement ou des ministres. Mais cela est plus vrai dans des pays comme l’Algérie où ce ne sont pas des règles démocratiques qui sont systématiquement appliquées à la gestion des affaires publiques. Trop de zones d’ombre favorisent les abus et les aberrations.

Vous avez un parcours atypique : économiste, chercheur dans la pensée islamique, écrivain prolifique, ministre… Vous avez connu des personnages tels que Bennabi, Ferhat Abbas et même l’ayatollah Khomeini, etc. et Redha Malek qui était notre ami commun. À vingt ans, vous avez polémiqué avec Maxime Rodinson, et bien d’autres anecdotes jalonnent votre vie. Cela fait de vous le témoin d’une époque. Êtes-vous satisfait de vos expériences ou bien votre exigence intellectuelle vous pousse-t-elle toujours plus loin ? La quête de la lumière est-elle dans l’infini chez vous ?

Ma particularité dans la classe politique algérienne est que j’ai été dès mon jeune âge un acteur de la vie intellectuelle, d’abord, ensuite politique car l’Algérie était un pays à parti unique et à économie administrée jusqu’en 1989. Mes écrits de 1970 à 2017 avaient pour objet trois thématiques principales : la politique algérienne, le rôle et la place de l’islam dans le monde musulman et les évènements internationaux. C’est ce qui m’a ouvert des portes et fait rencontrer de grandes personnalités algériennes et étrangères. Je continue d’écrire sur ces trois centres d’intérêt et je vous remercie de m’avoir donné l’opportunité de parler au lectorat occidental et arabo-musulman à travers votre grand journal.

Interview réalisée par Mohsen Abdelmoumen

 

Qui est Noureddine Boukrouh ?

Ancien ministre du Commerce, Noureddine Boukrouh est un intellectuel algérien né le 5 mars 1950 à El Milia, dans la région de Jijel. Il est titulaire d’un Diplôme d’études supérieures (DES) en finances. Il a travaillé dans le secteur économique public et a dirigé une entreprise privée. En 1989, il a fondé le Parti du Renouveau Algérien (PRA) qu’il a présidé jusqu’en 1999. Il a été l’un des quatre candidats à la première élection présidentielle pluraliste le 16 novembre 1995 qui s’est déroulée en pleine période de terrorisme lors de la décennie sanglante. Il a publié dans la presse un grand nombre d’analyses critiques des politiques suivies dans le processus d’édification de l’Algérie. Ces écrits ont été regroupés en quatre volumes : « Critiques au temps du parti unique: 1971-1989 », « Les Algériens dans la tourmente: 1989-1999 », « Que faire de l’islam ? 1970-2013 », « Réformer peuple et pouvoir : 2011-2013 ».

Noureddine Boukrouh a écrit plusieurs livres dont: « Que faire de l’islam ? », « L’Algérie entre le mauvais et le pire », « L’Islam sans l’Islamisme Vie et pensée de Malek BANNABI ».Il a préfacé plusieurs ouvrages de Malek Bennabi : Problème des Idées Dans le Monde Musulman, Vocation de l’Islam

INITIATIVE POLITIQUE DE M. NOUREDDINE BOUKROUH

 APPEL AUX ALGERIENS ET ALGERIENNES POUR UNE REVOLUTION CITOYENNE PACIFIQUE

L’Algérie s’achemine lentement mais sûrement vers un tournant critique de son histoire qui peut déboucher sur son salut ou son basculement dans l’inconnu.

Les deux options sont ouvertes devant elle et ont des chances égales de s’imposer, à moins qu’une puissante volonté populaire ne tranche résolument en criant : ce sera le salut !

L’ÉTAT DE LA NATION

Un demi-siècle après la reconquête de sa souveraineté nationale grâce à la révolution du 1ernovembre 1954 déclenchée par 22 jeunes Algériens, le peuple algérien, renouvelé par l’arrivée à maturité de nouvelles générations, est en capacité de revendiquer son statut de source de tous les pouvoirs et son droit constituant que lui ont reconnu les constitutions algériennes depuis 1962 mais que ses dirigeants imposés ne lui ont jamais permis d’exercer.

L’Algérie est devenue indépendante sans savoir ce qu’elle allait faire de son indépendance, sans répondre à des questions fondamentales comme celle de l’identité, sans impliquer le peuple et ses élites éclairées dans la prise de décision à travers des institutions véritablement démocratiques et opérationnelles. Elle fut soumise pendant tout ce temps à une longue série d’essais et d’erreurs qui ont conduit à l’impasse économique et politique actuelle.

Notre pays et son économie ont été placés dans une totale dépendance des hydrocarbures, une richesse non renouvelable. Les mois et années qui viennent vont être difficiles alors que le pays n’est plus gouverné sur la base de la raison et de l’intérêt général, mais d’un attachement maladif au pouvoir et d’intérêts personnels.

Notre devoir est de réagir intelligemment et dans la légalité devant la dérive qui est en train de nous conduire à la catastrophe, en ayant à l’esprit la fidélité aux idéaux pour lesquels les « chouhada » sont morts. Le moment est venu de donner à ces idéaux les formes concrètes d’un État de droit « démocratique et social » selon les termes de la Déclaration du 1er novembre 1954.

À QUI S’ADRESSE CET APPEL ?

Cet appel s’adresse à la conscience algérienne, à tous les actionnaires de la maison Algérie qui se trouvent sur le territoire national ou en n’importe quel endroit du monde, à toutes les générations d’hommes et de femmes engagées ou non dans l’activité politique ou associative, dans toutes les institutions ou à la retraite, à toutes les catégories sociales, dans toutes les régions, de toutes les langues et de toutes les confessions.

QU’EST-CE QU’UNE REVOLUTION CITOYENNE ?

Une révolution morale est la prise de conscience, quand tout va mal et de travers, quand on sent qu’on est cerné par le danger et qu’on est sur une mauvaise route, qu’on doit changer sa vision des choses et de direction. C’est une prise de conscience collective et simultanée. On ressent alors le besoin de faire mieux, d’aller vers mieux, de construire un autre modèle de vie que celui qui a été sanctionné par l’échec.

Une révolution citoyenne est le mode opératoire qu’on adopte pour changer pacifiquement l’état de choses en question. La communion dans un sentiment commun s’accompagne de l’évidence que nul ne peut à lui seul créer le changement, qu’il doit être l’œuvre du plus grand nombre possible, et avoir pour finalité le bien de tous.

SE LEVER ET NON SE SOULEVER

Le défi que nous devons relever est d’agir en contournant les risques d’exposer notre pays à une nouvelle tragédie alors que les séquelles de celle des années 1990 sont encore visibles. Nous devons nous réveiller à notre devoir envers notre patrie et ne pas attendre que la catastrophe soit là pour nous révolter dans l’improvisation et l’anarchie, nous attaquant aux services publics, aux forces de l’ordre ou aux biens publics et privés.

Nous pouvons agir chacun à partir du lieu où il se trouve. D’autres voies et moyens que la violence, les troubles à l’ordre public, les manifestations dans la rue ou la désobéissance civile sont proposés par les nouvelles technologies de l’information et de la communication (réseaux sociaux, médias électroniques, vidéos, courriels, smartphones…) On peut agir de concert sans se connaître, sans se rencontrer, sans se réunir et par des procédés uniquement légaux et démocratiques. Il existe aujourd’hui des techniques plus efficaces que les armes, l’action clandestine ou les tracts pour faire connaître sa cause, convaincre les autres de sa justesse, en débattre et mobiliser autour d’elle.

SE LEVER POUR QUOI FAIRE ?

Nous devons converger vers un but commun qui est de dire « Non ! » à la situation actuelle en attendant le moment de le faire par les urnes. L’élection présidentielle prévue à l’échéance d’avril 2019 offre l’opportunité historique d’en finir avec le « système », mais il ne faut pas exclure qu’elle soit précipitée par une cause quelconque. Le délai qui nous en sépare suffira à peine pour donner à cette révolution citoyenne pacifique toutes ses chances de succès car il s’agit de remplacer un mode de pensée par un autre pour enfin arriver à remplacer le « système » par un État de droit.

Tout Algérien ou Algérienne doit marquer une pause de réflexion, procéder à son examen de conscience et se dire : « Je dois cesser de penser comme avant ! Je dois faire quelque chose pour mon pays et mes compatriotes ! Mon exemple sera suivi par d’autres ! Je vais le faire parce que l’autre va le faire aussi et que j’en profiterai ! ».

Au sentiment de résignation qui nous paralysait jusqu’ici, à l’attitude démissionnaire à laquelle nous étions acculés, à la passivité justifiée par la formule populaire (« takhti rassi !»), opposons avec force une autre formule populaire (« rassi w rassek fi chachiya wahda ! »).

Il faut vaincre notre inertie car elle est le principal obstacle à notre libération mentale. Il faut libérer la volonté algérienne du fatalisme véhiculé par le charlatanisme et l’esprit du douar. Chacun doit effectuer un travail de proximité dans sa famille, son quartier, son lieu de travail ou d’étude, sur les réseaux sociaux pour généraliser l’éveil et élargir la résolution d’agir pour changer notre état et notre État.

PAR QUOI COMMENCER ?

Une cause, une nation, naît dès le moment où un idéal soude ses membres et les met en mouvement vers un objectif commun. Focalisons-nous dans une première étape sur ces quatre mots d’ordre que chacun et chacune doit répercuter par tous les moyens accessibles :

– Non au recours à la planche à billets pour payer les salaires !

 Non à un cinquième mandat !

– Non à une succession arrangée d’en haut !

– Non à l’instrumentalisation de l’ANP, des collectivités locales, des services de sécurité et de la justice pour pérenniser un pouvoir devenu illégitime et nuisible à l’intérêt du pays !

Les Algériens et Algériennes qui veulent construire une nouvelle Algérie doivent proclamer dans leurs échanges, leurs commentaires et leurs écrits que le temps de la cooptation d’un candidat à l’élection présidentielle par des forces occultes, puis sa « consécration électorale » par la fraude est terminé. Nous ne l’accepterons plus, nous sommes assez mûrs pour décider par nous-mêmes, pour nous-mêmes et pour nos enfants. Ensemble, et avec l’expertise nécessaire dont il faudra s’entourer le moment venu, nous travaillerons à la mise au point d’un dispositif capable de garantir la transparence totale et la sincérité absolue des résultats des urnes.

Nous devrons, enfin, prendre à témoin le monde qu’en Algérie une lutte pour la liberté, la démocratie et le libre exercice de la souveraineté populaire s’est ouverte et qu’elle ne cessera pas avant d’avoir atteint ses objectifs : la conquête de notre citoyenneté et de notre dignité.

PROTEGER CETTE INITIATIVE 

La meilleure façon de garder un secret est de ne pas en avoir. Cette initiative est publique, ses objectifs clairs, son mode opératoire pacifique et son but l’intérêt de l’Algérie et des Algériens. Pour la protéger, il faut d’abord partager la matière postée sur ma page Facebook avec des milliers d’autres pages et sites.

QUELLE SERA LA SUITE ?

Cet Appel est en soi un lieu de rassemblement. Il faut lui assurer la plus large diffusion en arabe, tamazight, français et anglais. Il est aussi un lieu de réflexion, de débat et de propositions sur les actions à préparer à partir de maintenant pour réaliser la convergence populaire en vue de construire une nouvelle Algérie avec un esprit et des institutions rénovés. Il sera suivi d’autres, en fonction de l’évolution des évènements.

Published in American Herald Tribune: https://ahtribune.com/world/africa/1903-noureddine-boukrouh.html

In Palestine Solidarité: http://www.palestine-solidarite.org/analyses.mohsen_abdelmoumen.190917.htm

Publié dans Interviews

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