Je suis un soldat algérien
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Et dire
Que notre sang, nos chants lointains
Et dire
Que du sang des martyrs naquit la rose rouge
Et dire
Mère cette fête et cet Aïd ne sont pas miens
Et dire
Combien de morts allons-nous encore compter
Combien de soldats de la patrie
Fils du peuple
Allons-nous pleurer
Et dire que le sénateur McCain a bien siroté son double whiskey Red label Daech Isis avec glaçons
Que notre sang est un apéro pour vos Bourses et votre complexe militaro-industriel complètement décomplexé
Et dire
Que nos braves, leurs poitrines sont remplies de plomb
Et les cancres, leurs panses sont pleines de fric
Et dire
Que Mohamed Amine, Mustapha, et les autres soldats de ma patrie fière et pleine du soleil de la vie…
Sont partis la fleur de l’âge
Et dire
Algérie, ma patrie meurtrie
Les patriotes ont la braise de Ben M’Hidi dans une main et un rêve inachevé dans l’autre
Et dire
Que des jeunes soldats, des enfants de ma patrie, continuent de mourir
Et dire
Que votre chaos, Messieurs les Occidentaux, est tellement créatif…
Et dire
Que des mères vont pleurer ces jours de fêtes
Et dire que le sang coule dans mes contrées lointaines, la terre de mes ancêtres
Et dire
Que les morts me parlent et j’ai cru que c’était fini
Et dire
Que point de répit pour les patriotes
Et dire
Que je ne pardonne pas, je veux en guise de deuil, dormir un peu
Et laisser dormir les miens, les soldats de l’ANP
Et dire que ces trois lettres ANP exigent non pas un drapeau en berne ni une cérémonie quelconque
Petits jeunes nous avons tout fait
Pour que le cauchemar s’arrête et que vous organisiez vos noces tranquillement
L’été et la mer et les fêtes de famille
L’Algérie saigne ses citoyens
Ses soldats, ses policiers, ses gendarmes, l’Algérie perd sa matrice, sa jeunesse
Regardez ce qu’ils ont fait à ma patrie, j’invoque mes ancêtres glorieux et conquérants
Où êtes-vous ?
Galopez et venez, notre terre est meurtrie !
Je vous invoque dans ces moments de fêtes, vous,
Les guerriers et érudits dont le sang a été le socle de la jeune nation algérienne
Mes ancêtres, venez, sur vos chevreaux blancs
Je n’ai fait que vous honorer, la plume en bandoulière,
Regardez ce qu’ils ont fait à notre terre, notre patrie
Je ne cesserai de vous attendre
Ancêtres glorieux, vous, les Abdelmoumen
Votre sang est mon manifeste
Vous, mes ancêtres glorieux résistants dont le sang a arrosé le sol de Constantine Cirta ville où votre siège a duré des années
Ces soldats morts en cet Aïd sont vos soldats,
Des soldats de l’Algérie indomptable et insoumise, fière et digne
Que c’est long d’attendre le retour de mes ancêtres glorieux
Votre offrande à la patrie et celle de ces jeunes soldats, fils du peuple, pour lequel vous vous êtes sacrifiés
Que c’est long de vous attendre et
Je languis de vous rejoindre même si l’Olympe de votre Iliade est éloignée de mes rivages du nord
La complainte des soldats algériens est un chant lointain
Il vient des rivages des fiers guerriers que cette terre a forgés comme l’olivier de ma patrie belle et redoutable
Sa racine est profonde… on n’a que faire de vos fausses condoléances et vos états d’âme
La mère patrie est notre décoration, notre sève, notre sacrifice
Adieu mère
Adieu mes amis
Adieu mes frères
Mon passage sur cette terre fut bref
Notre mort est une offrande à vos quiétudes
N’oubliez pas de défendre notre mémoire, espoir vain de Didouche
Nous sommes partis
Et dire
Je ne veux rien entendre sauf une phrase, sauf un mot
Juste la peau des terroristes bien crevés comme des porcs
Et dire
Juste dire que le sang exige le sang, pas plus
Et que l’aube ne verra pas ces crèvelures d’Isis ou d’Aqmi ou autre label terroriste
Et dire
Que les mots sont des maux, les nôtres beaucoup plus
Et dire
Que le palais ronfle et pète
Et que les enfants du peuple meurent
Et dire
Que dans la terre des lions on se bat
Et juste redire que point de répit pour nous sans la réparation, la vengeance, ni vos cris de vierges effarouchées, ni vos hypocrisies sponsorisées par le capital
Et dire
Que vos medias mentent et que vos chiens de garde ont perdu le chemin de la niche
Et dire
Que notre sang et coté en bourse, la bourse de votre horreur
Et dire
Que génération après génération le goût de la mort remplit notre air
Et dire
Combien on vous paye… ça paie bien de vendre son âme
Wlad echaaab (enfants du peuple) meurent dans l’indifférence de tous
Et dire
Qu’à Paris ils sont Charlie et à Washington ils sont Donald Duck et que personne n’est Hossam, ni Mustapha, ni Seif, ni autre, désolé, vos prénoms sont les miens
Nous sommes soldats
Morts pour la patrie
Morts pour l’Algérie
Un certain jour
Une certaine date
Une certaine fête
Que vous allez oublier sans doute comme on oublie sa brosse à dents
Anonyme comme notre malheur et les larmes de nos mères
Dormez en paix mes frères
Même si nous sommes fatigués de croiser le fer
Nous allons veiller sur votre sommeil
Et nous ne dormirons qu’une fois la bête immonde extirpée et arrachée de notre terre
Gloire a nos martyrs
Et je veux juste dire aux autres : silence chuuuuut
Respectez notre deuil
Silence on ne meurt jamais dans la terre des braves
Mohsen Abdelmoumen